Introduction
Concernant la population
musulmane de Belgique, les estimations les plus récentes avancent
généralement le chiffre de 370.000 personnes (3,5% de la population totale).
L'écrasante majorité (90%) de cette population est issue de l'immigration
originaire du Maghreb et de la Turquie. Cette population est extrêmement
jeune et en augmentation constante. Depuis longtemps déjà, l'islam est la
deuxième religion de la Belgique par le nombre de fidèles. Les Turcs de
Belgique, qui constituent la seconde communauté musulmane du pays après les
Marocains, sont au nombre de 125 à 130.000 selon les dernières estimations
(dont 44% de naturalisés belges).
Mais est-il légitime de
comptabiliser toute personne provenant directement ou par descendance d'un
pays musulman comme un adepte de la religion islamique ? Est-il possible que
tous les musulmans, à supposer qu'ils soient croyants, adhèrent à la même
conception confessionnelle et philosophique ? Au contraire, il est
nécessaire d'insister sur la diversité ethnique, socioéconomique, culturel
et idéologique des groupes musulmans. Particulièrement, les deux plus
grandes composantes de la population musulmane, les groupes marocain et turc
sont porteuses d'histoires de migration assez divergentes. La vie
communautaire des Turcs de Belgique est intense. Le contrôle social exercé
par la communauté sur ses membres, le respect des traditions d’origine
paysanne, le mariage avec un conjoint provenant du village d’origine des
parents y sont encore la règle. La pratique collective du culte est
également plus assidue dans le cas turc. Alors que la population maghrébine,
plus polarisée dans ses rapports à l'islam, paraît avoir entamé un lent
processus d'individualisation et de sécularisation. En comparaison des
Turcs, la population marocaine de Belgique semble être plus avancée en
matière d’insertion scolaire et socioéconomique.
Au-delà des conceptions
nationales (turque ou marocaine) ou ethniques (berbère ou kurde) différentes
de l'islam ; ainsi que des fractionnements entre les différents rites
(sunnisme, chiisme, alévisme) et des interprétations jurisprudentielles
(malékisme, hanafisme, chafiisme, etc.), force est de reconnaître que la
population musulmane de Belgique n'est pas monolithique et qu'elle est riche
d'une multitude de rapports collectifs et individuels variés à
l'appartenance religieuse.
Quand il est question des
musulmans de Belgique, nous y englobons (1) les croyants pratiquants
réguliers chez qui la religion occupe une place primordiale dans la vie
quotidienne ; (2) les croyants pratiquants engagés dans des formes
militantes de l'islam;
(3) les croyants plus ou moins sécularisés, avec une pratique privatisée peu
ou pas régulière ; (4) et les non croyants sécularisés, pour qui l'islam
n'est plus qu'une référence civilisationnelle. C'est pourquoi, nous
préférons sous-entendre la compréhension la plus large possible chaque fois
que nous utilisons le qualificatif musulman. Pour nous, est musulman celui
qui déclare l'être quelque soi sa pratique cultuelle, son rapport à la
morale islamique et sa conception du monde.
L'objet de ce texte est de mettre
en évidence les éventuels déterminants socioéconomiques de la religiosité
parmi les immigrés (et les descendants d'immigrés) turcs masculins, ainsi
que de vérifier, dans ce cas particulier, l'hypothèse d'un lien entre
intégration et religiosité, à partir du traitement statistique des données
d'une enquête récente. Quelles sont en effet les correspondances entre,
d'une part, les indicateurs de réussite scolaire et d'insertion
socioprofessionnelle et, d'autre part, la religiosité islamique des migrants
et de leurs descendants ? Est-il possible d'affirmer que les musulmans les
plus religieux s'insèrent moins bien à la vie de la société belge ? Peut-on
avancer que l'exclusion sociale favorise le développement de
contre-identités islamiques, voire islamistes ?
Méthodologie
Les données présentées dans ce
texte proviennent de l'enquête Histoire de migration et mobilité sociale
d'hommes turcs et marocains, réalisée entre 1994 et 1995, sous la
direction du Professeur Ron Lesthaeghe (Vrije Universiteit Brussel). Le
questionnaire de l'enquête comporte plus de 1000 questions couvrant des
domaines très différents.
L'échantillon total comportait plus de 2.700 individus âgés de plus de 18
ans et de nationalité turque (1462 sujets) ou marocaine (1286 sujets). Les
sujets ont été aléatoirement choisis sur base de listes administratives
couvrant toute la Belgique. Près de 250 enquêteurs masculins tous d'origine
turque ou marocaine ont été formés et employés pour les besoins de
l'enquête. La suite du texte concerne exclusivement les informations
recueillies, auprès de 955 jeunes de nationalité turque de 18 à 35 ans
faisant partie de l'échantillon total, concernant le rapport des sujets à la
religion islamique, et à l'intégration socioéconomique et culturelle en
Belgique.
L'approche quantitative de la
religiosité des sujets de l'enquête se base sur la construction d'un indice
(ou échelle) d'islamité. L'indice de religiosité sera confronté aux
résultats de l'enquête concernant le niveau d'insertion socioéconomique,
ainsi que la structuration identitaire et valorielle des sujets. Il est
possible de définir la religiosité
comme l'ensemble des dimensions objectivables des sensibilités, des
appartenances et des activités de nature confessionnelle et cultuelle (les
croyances, la fréquence des pratiques, l'intensité de la dévotion, la
centralité des adhésions religieuses, etc.). Les résultats de l'enquête
citée permettent l'élaboration d'un tel indice de religiosité musulmane. Il
s'agit d'un score factoriel qui correspond à la combinaison linéaire de cinq
items du questionnaire Histoire de migration et mobilité sociale.
L'échantillon retenu dans notre
approche concerne les sujets turcs (N=955) de l'enquête ayant entre 18 et 35
ans, c'est-à-dire des jeunes aux prises avec des responsabilités adultes
importantes comme la sortie du système scolaire, l'accès à l'emploi, le
choix d'une partenaire, la fondation d'une famille dans un contexte social
multiculturel et discriminant pour les populations musulmanes. Les sujets
jeunes présentent également une plus grande diversité des attachements
identitaires que les personnes interrogées plus âgées, d'où l'intérêt d'une
approche spécifique les concernant. En outre, notons que tous les sujets
retenus dans notre échantillon se sont eux-mêmes déclarés comme "musulmans".
Tableau 1 : la structure
du facteur "religiosité"
|
|
Coefficient de saturation avec le
facteur dans l'échantillon turc (N=955)
|
|
1.
"Par ma religion et ma prière, je me protège du mal"
Pas du
tout d'accord = 1 point ... Tout à fait d'accord = 6 points |
0,82 |
|
2. "La
prière me réconforte dans les moments où le malheur me touche et où je
suis triste" Pas du tout d'accord = 1 point ...
Tout à fait d'accord = 6 points |
0,80 |
|
3.
"Pouvez-vous me dire l'importance de la religion dans votre vie?"
Sans
aucune importance = 1 point ... D'importance primordiale = 6 points |
0,77 |
|
4.
"Allez-vous parfois à la mosquée?" Jamais = 1 point; rarement =
2 p.; occasionnellement = 3 p.; toutes les semaines = 4 p.; tous les
jours = 5 p. |
0,64 |
|
5.
"Participez-vous au jeûne du Ramadan?"
Jamais =
1 point; ça dépend = 2 p.; régulièrement = 3 p. |
0,57 |
|
Indice de
validité (alpha de Cronbach)
|
0,77 |
Les cinq items sélectionnés pour
la construction du facteur "religiosité des musulmans issus de
l'immigration" interrogent les sujets sur leurs pratiques et représentations
religieuses. Ils ont été choisis dans le questionnaire parmi une quinzaine
d'items du même champ sémantique par la méthode des
composantes
principales.
Le tableau 1 présente les items retenus et la structure du facteur
"religiosité". Les cinq items ordinaux saturent parfaitement le facteur
"religiosité"
Ces items covarient fortement entre eux offrant une solide cohérence interne
au facteur.
Enfin, le score de religiosité obtenu grâce au facteur explique 52,6% de la
variance dans l'échantillon.
Le facteur polarise fortement
l'échantillon et place à proximité de son extrémité positive (choix
d'orientation arbitraire) les personnes aux yeux de qui la religion
représente une grande importance et un sens fort (réconfort, protection
contre le mal et la tristesse) : items 1 à 3. Ces personnes présentent une
grande assiduité cultuelle (fréquentation de la mosquée, jeûne du ramadan) :
items 4 et 5.
Les personnes pour qui la religion ne constitue rien d'important, ceux qui
ne cherchent pas le réconfort dans la prière et ceux qui ne pratiquent pas
le culte islamique sont, bien entendu, placés à l'autre extrémité du
continuum, à proximité de la polarité négative. Au centre de ces deux
polarités se situent des personnes qui ont donné des réponses nuancées ou
mitigées aux cinq questions. Il s'agit, par exemple, des gens croyants pour
qui la religion présente une certaine importance, mais qui déclarent ne pas
la pratiquer publiquement ou régulièrement.
Le facteur (ou l'axe) se présente
sous la forme d'un score métrique standardisé
(ou d'une échelle) qui évolue, pour le groupe turc, de -4,05 points (très
faible religiosité islamique) à 1,27 points (forte religiosité islamique).
Le score se distribue de telle manière que la majorité des personnes se
situent dans la partie positive de l'échelle. Ainsi, 55,3% des sujets ont un
score de religiosité islamique positif (de 0 à 1,27 points). A l'inverse,
33,5% des sujets présentent un score de religiosité négatif (de 0 à -4,05
points). Le reste des sujets (11,2%) se situe sur la moyenne "0". Par
ailleurs, la partie négative de l'échelle est plus étendue (plus de 4 écarts
types contre un peu plus d'un pour la partie positive), laissant entendre
une diversité sociologique et philosophique relativement plus grande dans la
catégorie des personnes à faible religiosité.
Le tableau 2 présente
l'appartenance ou la proximité des sujets de l'enquête aux différentes
organisations politico-religieuses turques présentes en Belgique. Le tableau
fourni le nombre de sujets qui fréquentent régulièrement ou
préférentiellement des mosquées reconnues pour leur appartenance à l'une ou
l'autre organisation. Il fournit également la moyenne des scores de
religiosité des membres de l'échantillon pour chaque mouvance particulière.
Les 955 membres de l'échantillon constituent environ 1/20e des
hommes de nationalité turque de 18 à 35 ans vivant en Belgique. Cette
information suffit à rendre compte de la grande représentativité de
l'échantillon. Le nombre des membres effectifs de ces organisations ont par
ailleurs pu être vérifiés pour certaines d'entre elles : ce qui a permis de
constater que l'extrapolation des chiffres d'appartenance du tableau 2
reflète avec une certaine fidélité la réalité du terrain.
Les 15 personnes de l'échantillon
qui fréquentent régulièrement une mosquée liée à une organisation
conservatrice ou à une confrérie, comme les mouvances Suleymanci ou
Nurcu, constituent la catégorie présentant le score de religiosité le
plus élevé (+0,59 points). Ces sujets sont suivis de près (avec un score de
+0,52 points) par les 50 personnes fréquentant les mosquées de
l'organisation Milli Görüş, proche du Parti de la Vertu, principale
formation islamiste turque. Les 51 sujets qui fréquentent une mosquée de la
mouvance nationaliste d'extrême droite Türk-İslam Federasyonu, liée
au Parti de l'Action nationaliste (faisant partie de l'actuel gouvernement
d'Ankara), font preuve d'un score de religiosité un peu plus bas (+0,32
points). Les deux tiers des sujets interrogés ont affirmé fréquenter une
mosquée membre de l'organisme religieux officiel du gouvernement turc, la
Diyanet (le Directorat des Affaires religieuses). La moyenne de leur
score de religiosité est celle qui est la plus proche de 0, avec +0,20
points. Enfin, les sujets non pratiquants, qui représentent 20% de
l'échantillon, ont sans surprise une moyenne de score de religiosité très
basse : -1,01 points.
TABLEAU 2 : Religiosité et
orientation idéologique des mosquées fréquentées
|
Appartenances politico-religieuses des mosquées fréquentées |
Nombre de
sujets
|
Moyenne
des scores
de
religiosité |
|
Suleymanci/Nurcu
ou autre org. |
15 (1,6%) |
+0,59 |
|
Milli
Görüş |
50 (5,2%) |
+0,52 |
|
Türk-İslam Federasyonu |
51 (5,3%) |
+0,32 |
|
Mosquée
sans appartenance |
18 (1,9%) |
+0,29 |
|
Diyanet |
633 (66,2%) |
+0,20 |
|
Ne
fréquente aucune mosquée |
188 (19,7%) |
-1,01 |
|
Total |
955 (100%) |
|
Résultats
d'analyse de variance, modèle linéaire général.
T de
Bonferroni-Dunn=9,27; d.l.=945; p=0,001.
D'après ces données de l'enquête,
il est possible d'affirmer qu'environ 10 à 15% des membres de l'échantillon
se reconnaissent dans ou se sentent proches des formes organisées et
politisées de l'islam turc. Un sujet sur cinq, qui ne présente pas de
pratique cultuelle, et peut être clairement défini comme sécularisé. La
majorité restante (environ 65%) fait preuve d'une religiosité traditionnelle
et modérée, probablement pas ou peu politisée.
Y a-t-il des déterminants
socioéconomiques expliquant la religiosité islamique ?
Peu de données de types
démographique
et socioéconomique
sont modulées significativement selon l'indice de religiosité musulmane. Les
caractéristiques démographiques, sociales et économiques des sujets de
l'enquête varient d'ailleurs peu. Il est question de jeunes hommes de 18 à
35 ans issus d'une immigration récente, prenant ses origines dans les
campagnes du pays d'origine. Les sujets sont peu diplômés et
professionnellement peu qualifiés. Cependant, comme il a été exposé en
introduction, la diversité des attachements religieux de cette population,
socio-économiquement homogène, est grande. Il est important de souligner que,
selon les données dont nous disposons, des facteurs objectifs liés à la
situation sociale et économique des sujets n'expliquent pas leur niveau de
religiosité musulmane.
Religiosité, âge et origine
géographique.
Ni l'âge
ni la taille de la fratrie n'est significativement corrélé avec le score de
religiosité. On remarque, tout au plus, des personnes à plus forte
religiosité parmi les aînés des familles nombreuses. La place dans la
fratrie joue donc un rôle tout relatif dans la formation de la religiosité
des sujets. Le pays de naissance (Turquie ou Belgique) ou le pays dans
lequel les personnes ont vécu la majeure partie de leur enfance (jusqu'à 14
ans) n'influence non plus le score de religiosité des sujets.
En revanche, parmi les sujets qui
ont vécu en Turquie avant l'âge de 14 ans, les scores de religiosité les
plus élevés s'observent chez ceux qui proviennent des zones rurales. Les
personnes originaires des provinces essentiellement rurales de l'Anatolie
centrale ont des scores de religiosité plus élevés que ceux qui ont passé
leur enfance dans les villes industrielles et côtières. Le lieu de la
socialisation primaire a donc une certaine incidence sur la religiosité des
sujets à l'âge adulte. Un autre résultat vient renforcer cette hypothèse :
ceux qui ont vécu jusqu'à l'âge de 14 ans dans un village de Turquie (sans
distinction de région) ont un score moyen de religiosité de 0,18 points
(N=224). A l'inverse, les sujets qui ont passé leur enfance dans une grande
ville turque (sans distinction de région) présentent un score moyen de -0,15
points (N=114). Certaines légères tendances s'observent également en ce qui
concerne les localités d'installation en Belgique. Les scores moyens de
religiosité sont négatifs dans les grandes villes. Les scores moyens de
religiosité des Turcs sont invariablement positifs dans les petites
localités de Flandre où les Turcs constituent la majeure partie de la
population immigrée.
Religiosité, scolarité et
connaissances linguistiques.
On note une tendance intéressante en matière de scolarisation, mais
l'ensemble des liens qui sont exposés au tableau 3 sont statistiquement non
significatifs en raison de la faible quantité de personnes ayant pu obtenir
un diplôme d'études supérieur à celui de l'école primaire. Une scolarité
plus longue semble pourtant induire une sécularisation plus grande chez les
sujets. Ainsi, les scores de religiosité diminuent légèrement avec la
prolongation des études suivies en Belgique ou en Turquie.
Tableau 3 : Score de
religiosité et niveau scolaire.
|
VARIABLES |
Scores de |
|
|
religiosité |
|
Possession d'un diplôme du pays d'origine supérieur au diplôme
d'études primaires |
-0,34
(N=48) |
|
Possession d'un diplôme belge d'études secondaires inférieures |
-0,10
(N=33) |
|
Possession d'un diplôme belge d'études secondaires supérieures |
-0,76
(N=21) |
Intimement liée au domaine
scolaire, la maîtrise linguistique ne semble pas non plus covarier avec la
religiosité des sujets. Dans le cas du groupe turc, le score de religiosité
n'est en rien lié à la maîtrise du turc. Il en va de même pour le
néerlandais, pour les interviewés installés en Flandre. Par contre, les
degrés de compétence en français parlé, lu et écrit (désigné par le sujet
lui-même sur une échelle à six degrés) sont négativement et
significativement corrélés avec le score de religiosité islamique (r=-0,15;
N=470; p<0,01). La religiosité des sujets turcs diminue avec l'augmentation
du degré de connaissance en langue française.
Religiosité et emploi.
Dans le domaine socioéconomique, la religiosité semble très peu liée aux
indicateurs de qualification, d'insertion et de stabilité professionnelles.
Le niveau du revenu mensuel net (salaire ou allocations sociales) est, par
exemple, totalement indépendant du score de religiosité des individus
(p>0,9). Les résultats relatifs à la situation professionnelle des sujets au
moment de l'enquête sont exposés dans le tableau 4. Le score de religiosité
moyen des ouvriers est positif. A l'inverse, les scores moyens des
indépendants et des employés sont négatifs. Les membres des professions
indépendantes et employées seraient donc plus sécularisés que les ouvriers.
Mais le nombre réduit de sujets dans les catégories "employés" et
"indépendants" ne permettent pas d'atteindre une significativité statistique
suffisante pour cette observation. La précarité, induite par le chômage et
les contrats d'emploi à temps partiel, ne semble pas avoir d'influence
notable sur la religiosité des musulmans. Le score moyen de religiosité des
demandeurs d'emploi est positif, alors que celui des travailleurs à temps
partiel est négatif contrairement à celui des travailleurs à temps plein.
Ces résultats concernent le plus souvent de petites catégories et ils ne
sont pas statistiquement fiables.
Tableau 4 : Score de
religiosité et situation professionnelle.
|
VARIABLES
|
Scores de |
|
|
religiosité |
|
Demandeurs d'emploi |
0,13 (N=265) |
|
OUVRIERS |
0,06 (N=727) |
|
Travailleurs employés à temps plein |
0,05 (N=689) |
|
Travailleurs employés à temps partiel |
-0,10 (N=46) |
|
INDEPENDANTS |
-0,22 (N=80) |
|
EMPLOYÉS |
-0,62 (N=33) |
Religiosité islamique, profils
identitaires et valoriels des Turcs
Si aucun lien important n'est
constaté entre le degré de religiosité d'un côté, et la situation sociale et
économique objective des Turcs de Belgique de l'autre, d'autres résultats de
l'enquête Histoire de migration et mobilité sociale contiennent des
informations significatives. En fait, les différences entre les personnes
religieuses et sécularisées sont essentiellement observables au niveau de
leur structuration identitaire et dans la mise en oeuvre de leurs
représentations sociales touchant des domaines de la vie sociale le plus
souvent abordés par la morale islamique. Les facteurs subjectifs liés à la
religiosité peuvent être regroupés en quatre sections : (1) les opinions
liées au statut social des femmes; (2) les pratiques matrimoniales; (3) le
rapport au pays d'origine et au pays d'accueil; (4) le rapport au travail et
à la réussite sociale.
Religiosité et opinions liées
au statut des femmes.
Les personnes qui obtiennent un fort score de religiosité font
majoritairement preuve de conceptions traditionalistes à propos de la place
de la femme dans le ménage et sur le marché du travail. A l'inverse, les
musulmans sécularisés ont des opinions plus libérales et égalitaristes sur
ces questions. Le tableau 5 expose les coefficients de corrélation qui lient
les items du questionnaire concernant le statut des femmes à l'indice de
religiosité musulmane. Toutes ces relations statistiques sont extrêmement
significatives. D'après le tableau, plus le sujet est religieux, plus il
exige le port du foulard, la discrétion féminine en présence d'hommes non
apparentés et la docilité. En revanche, il s'oppose plus au travail
professionnel, à l'indépendance d'esprit et de comportement de la femme.
Tableau 5 : Facteur de
"religiosité" et statut des femmes.
|
LIBELLE DE L'ITEM
|
Coeff. de
corrél. avec
le score
de religiosité Turcs (N=955) |
|
"Hors
de la maison, la femme doit porter le foulard"
Pas du
tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts |
0,46 |
|
"Lorsque des hommes étrangers viennent en visite, les femmes se
retirent dans une autre pièce"
Pas du
tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts |
0,34 |
|
"Une
femme doit faire ce que son mari lui ordonne"
Pas du
tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts |
0,33 |
|
"La
femme peut travailler en dehors de la maison"
Pas du
tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts |
-0,14 |
|
"Une
femme peut parler avec d'autres hommes, même si son mari ne les
connaît pas"
Pas du
tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts |
-0,21 |
Corrélations
significatives: p ≤ 0,0001
Religiosité et pratiques
matrimoniales. La
famille occupe une place centrale dans la vie des populations immigrées
turcs. Le taux de nuptialité est élevé : 76% des sujets de l'enquête sont
mariés malgré leur jeune âge (18-35 ans). L'état civil ne présente pas de
liens significatifs avec le score de religiosité. Qu'elles soient
célibataires, mariées (avec ou sans enfants) ou divorcées, il y a
proportionnellement autant de personnes religieuses que sécularisées.
Tableau 6 : Religiosités
et pratiques matrimoniales (1).
|
VARIABLES |
Scores de
|
|
|
religiosité |
|
Mariage à
l'initiative des parents |
0,16* (N=388) |
|
Les
beaux-parents se connaissaient |
0,10** (N=569) |
|
Mariage à
l'initiative des futurs époux |
-0,05* (N=394) |
|
Les
beaux-parents ne se connaissaient pas |
-0,07** (N=212) |
|
Parents
non consultés avant le mariage |
-0,84***
(N = 43) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
*T de
Bonferroni-Dunn=1,96; différence significative minimum en écart-type=0,14
pts; p=0,05.
**T de
Bonferroni-Dunn=1,96; dif. significative min. en écart-type=0,15 points;
p=0,05.
***T de
Bonferroni-Dunn=1,97; dif. significative min. en écart-type=0,33 points;
p=0,05.
Par contre, les personnes à forte
religiosité se marient selon des modalités davantage traditionnelles que les
sujets sécularisés. Ainsi dans certains cas, le mariage des personnes
religieuses s'est conclu à l'initiative des parents. Les époux sont
mutuellement choisis par les futurs beaux-parents, parfois même apparentés
ou en tout cas issus du même village. Inversement, les personnes à faible
religiosité se marient par des voies davantage non conventionnelles pour les
musulmans croyants et pratiquants, par exemple sans demander l'avis de leurs
parents respectifs. Le mariage à l'initiative des futurs époux par contre
n'est apparemment possible que pour des sujets dont le score moyen est
proche de "0", mais négatif (-0,05 points). Le mariage à l'insu des parents,
l'antithèse d'un comportement matrimonial islamique, n'est vécu que par un
petit nombre d'individus dont le score de religiosité est particulièrement
bas.
Tableau 7 : Religiosité et
pratiques matrimoniales (2).
|
VARIABLES |
Scores
de |
|
|
religiosité |
|
Epouse
venue de Turquie |
0,13 (N=241) |
|
Epoux
venu de Turquie |
0,13 (N=307) |
|
Epouse
ayant grandi en Bel./Mariage "mixte" |
-0,40 (N=178) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de
Bonferroni-Dunn=2,64; diff. sign. min. en écart-type=0,31 pts; p=0,05.
D'après les résultats du tableau
7, le choix de l'épouse se fait volontiers dans le pays d'origine pour les
sujets religieux. A l'inverse, les sujets sécularisés épousent une
"compatriote" de Belgique ou même une femme d'une autre nationalité (mariage
"mixte"). Il en est de même pour les "époux importés". Les sujets qui ont
fait le choix d'immigrer en Belgique, par la voie d'un mariage avec une
"compatriote" née ou qui a grandi dans ce pays, font preuve d'un attachement
religieux moyen (0,13 points). D'après ce qui apparaît au tableau 7, 307
répondants sur 955 (32,1%) sont arrivés en Belgique par mariage et 241
sujets de même nationalité ont épousé une femme de Turquie. Au total, 57,4%
des mariages turcs étudiés concernent donc des conjoints importés.
Tableau 8:
Religiosité et choix d'un gendre.
|
VARIABLES |
Scores
de |
|
|
religiosité |
|
L'important, c'est qu'il soit musulman |
0,38 (N=338) |
|
Un homme
qui vit en Turquie |
0,12 (N=135) |
|
Un homme
qui vit déjà en Belgique |
-0,05 (N=220) |
|
Ce qui
importe c'est la personne |
-0,08 (N=189) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de
Bonferroni-Dunn=2,64; diff. sign. min. en écart-type=0,23 pts; p=0,05.
Le tableau 8 évoque le choix
théorique d'un gendre. Les sujets ont dû se positionner par rapport à la
question suivante: "Si vous aviez une fille en âge de se marier, quelle
sorte d'époux préféreriez-vous?". Les résultats exposés dans ce tableau
offrent en fait une continuité avec les enseignements des deux précédents
tableaux. Les sujets les plus religieux souhaitent le mariage de leur fille
avec un musulman ou avec un homme qui viendra de Turquie. Inversement, le
mariage avec un homme issu de la communauté immigrée turque ou
l'indifférence par rapport à l'appartenance ethnico-religieuse du futur
gendre sont les choix des sujets plus sécularisés.
Religiosité et rapport aux
pays d'origine et d'accueil.
D'après les données de l'enquête, les personnes qui témoignent d'un
attachement au pays d'origine manifestent également des sentiments religieux
positifs. En revanche, les personnes qui semblent psychologiquement
davantage détachées du pays d'origine totalisent un score moyen de
religiosité islamique significativement faible. Le score moyen de
religiosité de ceux qui sont prêts à verser 1.000 francs belges (24,79
euros) à une oeuvre de bienfaisance située en Turquie est de 0,18 points
(N=313). Le score de ceux qui préféreraient plutôt verser les mêmes 1.000
francs à une action sociale pour les sans-abri en Belgique est, par contre,
de -0,11 points (N=181) (T de Bonferroni-Dunn=2,4; diff. sign. min. en
écart-type=0,19 pts; et p=0,05). Symétriquement, comme on peut l'observer au
tableau 9, l'attachement au pays d'immigration est significativement lié à
la sécularisation de la religiosité des sujets.
Tableau 9:
Religiosité et attachement aux pays d'origine ou d'accueil
|
VARIABLES |
Scores
de
religiosité |
|
|
|
Enterrement d'un proche en Turquie |
0,12* (N=729) |
|
Retour
définitif en Turquie: indécis |
0,11** (N=221) |
|
Pas de
retour définitif en Turquie |
-0,10** (N=482) |
|
Sujet
naturalisé belge |
-0,27***
(N = 96) |
|
Pas de
préférence sur le lieu de l'enterrement d'un proche |
-0,58* (N=115) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
*T de
Bonferroni-Dunn=2,40; diff. sign. min. en écart-type=0,27 pts; p=0,05.
**T de
Bonferroni-Dunn = 2,40; diff. sign. min.en écart-type=0,20 pts; p=0,05.
***T de
Bonferroni-Dunn = 1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,20 pts; p=0,05.
C'est la décision qui concerne le
lieu d'enterrement d'un proche qui polarise le plus les membres de
l'échantillon. L'envoi de la dépouille en Turquie est la pratique
actuellement la plus fréquente. Ceux qui n'énoncent pas de préférence de
lieu de funérailles témoignent d'un score moyen de religiosité très peu
élevé. Les sujets naturalisés sont sous-représentés. A l'origine, la liste
administrative qui a permis le tirage au sort des membres de l'échantillon
ne comprenait que des personnes de nationalité turque. Mais plusieurs mois
se sont écoulés entre le tirage au sort et la réalisation de l'enquête, ce
qui explique le nombre résiduel de naturalisés belges parmi les sujets (ceux
qui ont acquis leur nouvelle nationalité entre temps). Ceux-ci témoignent
tout de même d'un niveau moyen de religiosité significativement plus bas que
leur échantillon de référence.
La consommation culturelle peut
être un important facteur d'attachement et de structuration identitaire. Le
tableau 10 expose les données relatives à l'usage de la presse turque et
belge. Les personnes religieuses s'intéressent davantage aux médias de leur
pays d'origine. Au contraire, les personnes sécularisées suivent plus la
presse belge.
Tableau 10: Religiosité et
consommation culturelle.
|
VARIABLES |
Scores
de |
|
|
religiosité |
|
Sujet ne
lisant pas la presse belge |
0,08* (N=297) |
|
Sujet
lisant la presse turque |
0,04** (N=862) |
|
Sujet
lisant la presse belge |
-0,09* (N=527) |
|
Sujet ne
lisant pas la presse turque |
-0,36** (N = 87) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
*T de
Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
**T de
Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,22 pts; p=0,05.
Religiosité et valeurs liées
au travail et à la réussite sociale.
L'analyse des données révèle
également des relations statistiques significatives entre d'un côté la
religiosité des sujets et de l'autre un ensemble de valeurs qui dénotent une
conviction spécifique liée à la vie professionnelle et à la réussite
sociale.
Tableau 11:
Religiosité et critère de réussite professionnelle.
|
VARIABLES |
Scores
de |
|
|
religiosité |
|
Avoir un
salaire élevé, un travail pas trop fatigant avec une bonne ambiance |
0,04
(N=695) |
|
Avoir un
travail passionnant et influent sur la société |
-0,11
(N=260) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de
Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min.en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
Pour les trois-quarts (73%) des
sujets, qui constituent un groupe avec un score moyen de religiosité proche
de 0, un bon travail est d'abord celui qui rapporte un salaire confortable,
qui ne nécessite pas d'efforts importants et qui offre un environnement
professionnel chaleureux et amical (tableau 11). La grande majorité des
sujets identifient ainsi un bon travail à des attributs matériels et, dans
une certaine mesure, opportunistes. Le quart restant présente un score moyen
de religiosité négatif et identifie des attributs immatériels et plutôt
altruistes comme les caractéristiques d'un bon emploi.
Tableau 12:
Religiosité et "philosophie de vie".
|
VARIABLES |
Scores
de |
|
|
religiosité |
|
Il existe
des lignes de conduite qui distinguent le Bien et le Mal: je m'y tiens |
0,08
(N=665) |
|
Tant
qu'il n'y a pas de problèmes, je fais ce que je veux dans ma vie |
-0,18
(N=285) |
Résultats
d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de
Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
Dans le tableau 12, une large
majorité semble à nouveau se dégager parmi les membres de l'échantillon,
mais cette fois-ci dans l'adhésion à une conception moraliste et scrupuleuse
de l'action individuelle. En effet, 70% des sujets turcs déclarent se
soumettre à une nette distinction entre ce qui leur semble être le "Bien" et
le "Mal". Le score moyen de religiosité de ce groupe majoritaire est
légèrement positif. A l'inverse, le score moyen de religiosité de ceux qui
déclarent avoir un comportement pragmatique, voire opportuniste, est
négatif.
Si les sécularisés sont davantage
adeptes de valeurs qualitatives dans leurs choix professionnels, ils ne
rejettent pas l'idée d'une prise de liberté par rapport à des principes
moraux. Les répondants sécularisés font probablement preuve d'une plus
grande élasticité ou adaptabilité dans leur vie quotidienne. Il semble que
la notion de "qualité de vie", et la réalisation de soi passant par une
pratique professionnelle, vient chez eux avant l'idée de "niveau de vie". La
majorité des sujets, qui s'illustrent par une religiosité islamique moyenne
mais plus importante que le premier groupe, sont par contre à cheval sur des
principes moraux. Ils mettent aussi en oeuvre un réflexe économiste:
le "niveau de vie" passent avant la "qualité de vie". Enfin, les sujets
relativement religieux sont plus rigides et conformistes dans leurs
attitudes et comportements. Ainsi, une grande proportion des sujets, avec un
score moyen plutôt religieux (0,07 points, N=605), déclare se conformer le
plus souvent, lors de discussions publiques, à l'avis de la majorité. Ceux
qui ont le plus souvent des opinions non conformistes lors de discussions en
public (N=337) présentent, par contre, un score de religiosité négatif avec
-0,13 points (T de Bonferroni-Dunn=1,96, diff. sign. min. en
écart-type=0,13; p=0,05).
Conclusion
L'analyse statistique des
résultats concernant les sujets turcs de l'enquête Histoire de migration
et mobilité sociale ne permet pas la mise en évidence d'éventuels
déterminants socioéconomiques de la religiosité des immigrés ou des
descendants d'immigrés turcs. Aucune conclusion statistiquement
significative ne peut être tirée au sujet de l'influence directe des
caractéristiques sociales objectives et des conditions matérielles
d'existence de la population turque de Belgique sur ses appartenances et ses
pratiques islamiques.
S'il n'est pas possible d'avancer
des facteurs objectifs qui sous-tendent l'attachement islamique, il s'avère
que la religiosité musulmane des immigrés présente un nombre important de
relations statistiques significatives avec des dimensions subjectives
relatives aux représentations sociales et à certaines pratiques culturelles.
L'objectivation de la religiosité grâce à un score factoriel fait découvrir
les liens étroits entre celle-ci et la conception du statut de la femme, les
pratiques matrimoniales, l'attachement au pays d'origine et au pays
d'accueil, et enfin les valeurs relatives au travail et à la réussite
sociale.
Dans l'échantillon, plus les
sujets sont religieux, plus ils présentent une posture comportementale ou
attitudinale conservatrice ou traditionnelle. Les conceptions
infériorisantes de la femme deviennent plus fréquentes avec l'augmentation
du degré de religiosité. Les sujets les plus islamiques se marient le plus
souvent à la façon traditionnelle, de manière plus ou moins arrangée par les
parents. De la même manière, plus les sujets sont croyants et pratiquants,
plus ils sont attachés à la Turquie plutôt qu'à la Belgique, et plus ils
s'affirment par une position matérialiste dans la vie professionnelle.
Le score de religiosité permet
d'esquisser un portrait des sujets sécularisés, qui est le négatif
photographique de celui des sujets religieux. Moins les sujets sont croyants
et pratiquants, plus ils opèrent des choix individualistes,
assimilationnistes et post-matérialistes (concernant le rapport au monde du
travail). Ils sont également plus attachés à la Belgique qu'à la Turquie.
Les sujets sécularisés font preuve d'adhésion à des conceptions favorables à
l'émancipation des femmes. Plus les sujets sont sécularisés, plus ils
choisissent leur future épouse eux-mêmes.
Enfin, il est nécessaire de
souligner la proximité systématique des scores de religiosité des
différentes catégories de comportement et d'attitude analysées, par rapport
à la moyenne (0) du facteur. Les scores moyens d'islamité par catégorie sont
rarement inférieurs à -0,5 points et ne dépassent jamais 0,5 points. Ces
résultats semblent indiquer que la proximité identitaire, valorielle et
comportementale des membres de la population turque de Belgique paraît plus
grande que celle de leurs identifications purement religieuses. Hormis les
aspects proprement religieux donc les sujets donnent l'impression d'adhérer
à un assez ample consensus identitaire et valoriel. En d'autres mots, les
choix valoriels et identitaires profanes des sujets les rapprochent
davantage les uns des autres que la croyance et le respect des obligations
religieuses. Ceci veut dire que leur adhésion religieuse n'exerce pas
d'influence déterminante dans leur comportement social. Il convient ainsi de
reconsidérer le rapport d'acteurs sociaux musulmans (ici dans le cas des
Turcs) à leur religion: c'est-à-dire de désubstantifier l'islam et
d'éviter, dans les analyses, tout essentialisme déterministe dans
l'explication du devenir identitaire et socioéconomique des populations
musulmanes issues de l'immigration.

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