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« Vers un islam belge sous influence »

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rétroactes

LE_SOIR | le 2005-05-20 ( édition 1E ) | page 5

Cultes

« Notre action n'est pas négligeable », se défend l'Exécutif sortant, dossiers concrets à l'appui.
« Vers un islam belge sous influence »


Bilan amer des représentants sortants des instances musulmanes. Ils dénoncent la politisation de l'islam belge. Et craignent sa mise sous tutelle.

HUGUES DORZÉE
RICARDO GUTIÉRREZ


Ils sont amers. Certainement pas revanchards. Ils ont le sentiment d'être injustement mis au ban. Et ils s'en inquiètent. Pas pour eux-mêmes. Mais pour
l'avenir de leur communauté. C'est l'état d'esprit de la délégation des organes représentatifs sortants des musulmans de Belgique (1) qui s'est confiée au « Soir », à l'occasion de la fin de son mandat.

Au-delà du traitement qui leur a été réservé par les autorités fédérales, ces derniers mois, c'est l'avenir même de l'islam institutionnel en Belgique qui les
inquiète : Quand on voit la façon dont ont été organisées les élections générales en vue de désigner les nouvelles instances représentatives, on peut s'interroger... Ces élus seront-ils les représentants des musulmans auprès des autorités ou bien plutôt les représentants des autorités auprès de la communauté ?

Dans la ligne de mire des élus sortants : la gestion de l'islam par la ministre des Cultes, Laurette Onkelinx (PS), et en particulier certains de ses conseillers.

Ceux-ci auraient écarté les instances officielles de l'islam pour imposer des élections générales à la communauté musulmane en négociant discrètement cette option avec des interlocuteurs dépourvus de légitimité. Les gouvernements successifs ont tous respecté l'autonomie et l'indépendance des représentants des musulmans. Nous avons nous-mêmes toujours scrupuleusement suivi les lois et règlements en vigueur.

Mais, en 2003, tout a basculé, sous l'influence de « marchands de tapis » qui, en négociant dans les coulisses et sans la moindre représentativité, ont cru bon de « vendre » les musulmans comme électeurs potentiels au parti socialiste.

Une politisation, un entrisme, aggravés, selon nos interlocuteurs, par le grand retour de la gestion diplomatique de l'islam... En d'autres termes, l'ingérence à peine voilée des autorités consulaires turques et marocaines dans la mise en place des nouvelles instances. Nous n'avons, pour notre part, jamais accepté le moindre diktat des ambassades, affirme l'Exécutif sortant. Aujourd'hui, on est en plein dedans : les délégués consulaires vont jusqu'à déclarer publiquement qu'ils ont des imams en formation, au pays, et qu'ils sont prêts à nous les envoyer, qu'ils maîtrisent ou pas la langue. Ces autorités ne veulent pas des imams formés en Belgique. S'agissant des Turcs, nous nous interrogeons sur leur volonté réelle de considérer comme des espaces publics, transparents, les mosquées qui appartiennent à l'Etat turc...

Nos interlocuteurs s'interrogent aussi sur l'insistance avec laquelle les autorités fédérales les accablent de reproches... Les dettes de l'Exécutif sortant ? Elles correspondent globalement à la part de subsides publics retenue par les autorités.

Le cabinet affirmait encore, le 9 mai, ne pas avoir libéré la dernière tranche du budget 2004 parce qu'il ne disposait pas des justificatifs nécessaires...
Justificatifs qui ont pourtant été remis à l'administration le 25 mars dernier.

Le rôle de l'Exécutif sortant ? Le cabinet de la ministre prétend qu'il n'est plus habilité à gérer les affaires courantes depuis l'élection de la nouvelle assemblée générale... Laurette Onkelinx affirmait le contraire dans un courrier adressé au président sortant.

Pour les élus sortants, l'avenir de l'islam belge se conçoit au pluriel : Sans paternalisme et dans le respect des différences. Leur crainte ? Que l'on verse dans le communautarisme, sans vision d'ensemble. Les enjeux à venir ? La légitimité des organes en place, la place des femmes, la surreprésentation des Turcs, et l'équilibre linguistique entre francophones et flamands.


(1) Le président de l'Exécutif sortant, Mohamed Boulif, le président de l'ancienne assemblée générale, Boubker Ngadi, les membres de l'Exécutif Abdelmajlid Mhauchi, Nasreddin Moussaoui et Abdelkarim Kebdani, ainsi que l'élu de l'ancienne AG Karim Geirnaert.

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Dossiers bouclés ou en souffrance

Depuis sa désignation en avril 2003, l'Exécutif sortant a pris en charge plusieurs dossiers importants...
1. Les imams. Depuis la reconnaissance du culte islamique (1974), les imams qui dirigent la prière dans les mosquées (162 en Flandre, 89 en Wallonie et 77 à Bruxelles) n'ont qu'un statut juridique précaire. La plupart proviennent des pays d'origine (Maroc, Turquie...) et ne sont pas rémunérés par les autorités belges mais indemnisés par la communauté locale ou les autorités étrangères (Diyanet...).
A l'initiative de l'Exécutif sortant, ces imams sont désormais classés en trois catégories : 1er rang ou superviseur (chargé d'émettre des avis...), 2e rang (prière et prédication), 3e rang (enseignement de la langue et de l'islam). Le gouvernement n'a pas retenu l'officialisation du statut de prédicatrice.
Les imams dont le visa était arrivé à échéance ont été régularisés. L'Exécutif a aussi planché sur un programme de formation (linguistique, civique et théologique) en proposant des pistes concrètes (universités, institut indépendant). L'intégration de ces imams dans le contexte belge et leur connaissance de la langue est indispensable, insiste l'Exécutif sortant. Faute de budget, ce projet n'a encore pas vu le jour.
2. Les mosquées. Quand elles relevaient du Fédéral, l'Exécutif avait proposé l'agréation de 75 mosquées sur base de critères objectifs (superficie,
population...) ; 25 ont été écartées pour raison de « sécurité ». En 2001, la matière a été régionalisée. Entre les élections, la constitution des cabinets, le
partage des compétences et l'accord de coopération signé en avril 2004, nous avons perdu deux ans, déplore Boulif.
En Flandre, un décret instaurant les « fabriques de mosquées » a été adopté. A Bruxelles, un texte semblable est en discussion. En Wallonie, le dossier est loin d'être bouclé. C'est « le » défi à relever pour le prochain Exécutif : proposer une liste de mosquées à reconnaître et garantir leur financement pour qu'elles disposent d'un cadre clair (gestion, entretien...).
3. Les aumôniers. Contrairement aux conseillers laïcs ou aux aumôniers catholiques, les 30 aumôniers musulmans qui se rendent quotidiennement dans les prisons et les hôpitaux sont bénévoles. Ils n'ont ni statut ni salaire versé par les autorités publiques. Après des années de négociation, l'Exécutif a obtenu la promesse de 17 engagements (un chef et 16 aumôniers). Une réserve de recrutement a été constituée.
Les candidats ont été formés et la Sûreté a procédé à un « screening ». Mais ils ne sont toujours pas nommés.
4. Les professeurs de religion islamique. En 2000, l'islam était enseigné dans 850 écoles. Ces cours concernent 30.000 élèves, dont 21.000 en Région bruxelloise. En Communauté française, on compte environ 400 professeurs. Statut, programme des cours, désignation des inspecteurs ont mobilisé l'Exécutif sortant. Mais la question des programmes reste pendante et des dizaines d'enseignants ayant raté l'examen de connaissance linguistique sont sous la menace d'un C4...
5. Divers. L'Exécutif s'est impliqué dans le dialogue interculturel, les études sur l'islam en Belgique, la fête de l'Aïd (abattage, gestion des déchets...), les
cimetières musulmans...


H.Do et R.G.

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Webmaster Update:  13 februari 2007