Le jeudi 4 mars
2005, Abdelghani Ben Moussa - coordinateur de la plate-forme Vigilance
Musulmane - introduisait, devant le Conseil d' État, une requête en
suspension
contre la décision de la Commission chargée du renouvellement des
organes représentatifs du culte musulman, décision par laquelle sa
candidature aux « élections musulmanes » du 20 mars 2005 était
déclarée irrecevable en raison de son refus d’inscription dans l’une
des catégories électorales prévues par le règlement.
Pour le requérant,
la catégorisation ethnique et culturelle des candidats et des
électeurs effectuée par la Commission (en « marocains », « turcs »,
« convertis » et « autres appartenances culturelles ») méconnaît un
certain nombre d’exigences fixées tant par la Constitution que par la
Convention européenne des droits de l’Homme ; et ce, en ce que :
-
elle constitue
un excès de pouvoir de la part de la Commission dans l’organisation
– qui ne se devait d’être que
technique ! – de ces élections, telle qu’entendue par la
loi du 20 juillet 2004 ;
-
ce découpage
« ethnique et culturel » est, de ce fait même, discriminatoire,
injustifiée et non raisonnable.
Attendu seulement
pour le mercredi 16 mars 2005, l’arrêt du Conseil d' État
est tombé, comme un couperet, au lendemain des plaidoiries qui
pourtant ne laissaient aucun doute quant à l’issue de la plainte. En
effet, l’Auditeur du Conseil d' État
donnai t raison sur toute la ligne au requérant. Selon lui, la loi du
20 juillet 2004 n’autorisait en aucune manière la Commission à imposer
des conditions d’éligibilité telles que les catégories électorales
retenues. Il s’agissait là d’une ingérence disproportionnée (!) des
autorités dans l’organisation du culte.
Alors que l’avis
de l’Auditeur est généralement suivi par les juges – et ce, d’autant
que cet avis est sans équivoque dans le cas présent –, le Conseil d' État
a estimé ne pas le suivre.
Il a estimé que le
préjudice grave difficilement réparable – une des conditions
nécessaires à la recevabilité d’une requête en extrême urgence devant
le Conseil d' État – était imputable non pas à la décision de la
Commission, mais bien au refus du principe de la catégorisation
ethnique et culturelle formulé par le requérant.
Le Conseil d' État
commet même l’erreur de
fonder son rejet de la requête, sur l’argument que le requérant avait
accepté, en tant qu’électeur lors des élections précédentes de 1998,
la catégorisation ethnique et culturelle contestée. Il convient donc,
de rétablir et de réaffirmer à ce sujet deux vérités :
-
En 1998 la
catégorisation mise en oeuvre ne correspondait absolument pas à un
découpage ethnique et
culturel
(« marocains », « turcs », « convertis » et « autres appartenances
culturelles »), mais plutôt à une catégorisation sur
base d’appartenance à une
nationalité
(« marocains », « turcs », « belges » et « autres nationalités »),
ces dernières ne s’appliquaient, à l’époque, qu’aux candidats…
et non aux électeurs !
-
Le requérant
avait même contesté
en 1998 qu’une quelconque catégorisation puisse s’appliquer aux
candidats. Aucune catégorisation ne lui était imposée en
tant qu’électeur!
Toujours selon le
Conseil d' État, pour remettre en cause la catégorisation ethnique et
culturelle, il convenait de contester au préalable le règlement
électoral lui-même, puisque c’est ce dernier qui l’institue. Chose
impossible, car pour pouvoir contester ce règlement électoral, il
aurait fallu impérativement que le requérant soit candidat, puisque le
Conseil d' État exige de lui qu’il justifie d’un intérêt né et actuel.
Or pour être candidat, le requérant aurait du faire ici ce qu’il
conteste même, à savoir s’inscrire à l’une des catégories fixées ! Et
voilà, comment le Conseil d' État joue d’une pirouette pour mettre les
justiciables dans une impasse kafkaïenne …
Le plus
regrettable dans cette affaire est que les questions de fond,
notamment les irrégularités qui entachent le processus électoral, ont
été complètement éludées : c’est dommage pour le respect des droits
que visait la requête. Mais, à l’inverse, ça permet en tout cas de
montrer que, contrairement à ce qu’avance triomphalement la Ministre
de la Justice,
le Conseil d' État ne soutient aucunement la thèse de l’
État belge.
Bien que la
décision surprenante du Conseil d' État ait déçu les membres de la
plate-forme Vigilance Musulmane, l’avis de l’Auditeur restera précieux
sur la justesse de la requête, qui garde ainsi toute sa pertinence sur
le fond.
Le 20 mars 2005,
des élections auront lieu… au mépris des règles les plus élémentaires
qui ont cours dans un État de droit. Les citoyens de confession
musulmane ne l’oublieront pas, c’est une certitude !
Vigilance
Musulmane
Contact
: Abdelghani Ben Moussa
Gsm : 0477 844 744
Courriel
:
info@vigilancemusulmane.be
NOTES: