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Circoncision masculine et
féminine entre la religion et le droit
chez les juifs, les chrétiens
et les musulmans
par
Sami Aldeeb*
Conférence donnée à la
Facoltà
di Giurisprudenza, dipartimento di storia e teoria del diritto, Università
di Roma Tor Vergata le 8 mars 2001, et à l'Università
degli studi di Bologna le 9 mars 2001
En février 2001, j'ai publié
à Paris, chez l'Harmattan, à Paris, un ouvrage intitulé:
Circoncision
masculine, Circoncision féminine: Débat religieux, médical,
social et juridique, 537 pages.
C'est le fruit de recherches et de réflexions commencées
en 1992. Je souhaite ici vous faire part des éléments essentiels
de cet ouvrage.
Comme on le constate du titre, il
s'agit de la circoncision masculine et féminine et non pas seulement
de la circoncision féminine. En effet je rejette la distinction
qui est généralement faite entre les deux pratiques. La première
question qui se pose est donc de savoir si une telle distinction est justifiable.
1. Est-ce que cette distinction
est justifiable?
La circoncision masculine et féminine
constituent une mutilation d'organes sains sur des personnes sans leur
consentement et sans raisons médicales valables. Sur le plan des
faits, la distinction est donc injustifiable. D'autre part, une telle distinction
est contre-productive. En effet, un musulman égyptien qui a cinq
filles et cinq garçons ne comprendra pas pourquoi il peut circoncire
ses garçons mais ne peut pas circoncire ses filles alors que les
deux opérations portent le même nom: khitan ou tahara. De
ce fait, il n'est pas possible de lutter efficacement contre la circoncision
féminine sans lutter contre la circoncision masculine. De plus,
la distinction entre la circoncision masculine et la circoncision féminine
est contraire au principe de la non-discrimination, principe reconnu dans
tous les documents internationaux et sur lequel on reviendra plus loin.
2. Distinction sur la base de
la gravité
On entend souvent que la circoncision
féminine est une opération grave alors que la circoncision
masculine est une opération bénigne. Mais en fait une telle
généralisation n'est pas exacte. Il faut savoir que la circoncision
masculine et la circoncision féminine couvrent chacune quatre types
d'opérations. Nous commençons par la circoncision masculine.
Il existe quatre types de circoncision
masculine:
- 1er
type: il consiste à couper en partie ou en totalité la peau
du pénis qui dépasse le gland. Cette peau est appelée
prépuce.
- 2ème
type: C'est la forme de circoncision pratiquée par les juifs. Le
circonciseur commence par tirer la peau du pénis et coupe la partie
qui dépasse le gland. Cette opération est appelée
en hébreu milah. Ensuite, il tire la peau en arrière et arrache
avec les ongles allongés et aiguisés de son pouce et de son
index ou avec des ciseaux la partie de la peau (doublure du prépuce)
qui reste entre la coupe et le gland. Cette opération est appelée
en hébreu periah.
- 3ème
type: il consiste à écorcher complètement la peau
du pénis et parfois le scrotum (peau des bourses) et la peau du
pubis. Cette forme de circoncision, appelée en arabe salkh, existait
(et probablement continue à exister) chez des tribus du sud de l'Arabie
et dans certaines tribus d'Afrique noire.
- 4ème
type: il consiste à fendre l'urètre, créant de la
sorte une ouverture qui ressemble au vagin féminin. Appelé
subincision, ce type de circoncision est encore pratiqué par des
aborigènes d'Australie.
Face à ces quatre opérations
de circoncisions masculines, il existe quatre opérations de circoncisions
féminines
- 1er
type: excision du prépuce (capuchon du clitoris).
- 2ème
type: excision du prépuce et du clitoris totalement ou partiellement.
- 3ème
type: excision du prépuce et du clitoris et excision partielle ou
totale des petites lèvres.
- 4ème
type: excision partielle ou totale des organes sexuels externes et sutures/rétrécissement
de l'orifice vaginal (infibulation).
On ne peut donc parler d'une manière
générale que la circoncision féminine est plus grave
que la circoncision masculine. Tout dépend du type de circoncision.
On ajoutera à cela que la
circoncision tant masculine que féminine, quel que soit son degré,
comporte des risques d'hémorragie, d'infection, de déformation
et de décès. Certaines circoncisions masculines ont si mal
tourné que les médecins ont dû changer le garçon
en fille en lui enlevant totalement ses organes génitaux et en lui
fabriquant un vagin.
3) Statistiques et distribution
géographique
Les statistiques sont approximatives.
Certaines sources disent que chaque année 13.300.000 enfants mâles
sont circoncis dans le monde, ce qui fait une moyenne de 25 enfants chaque
minute. Une autre source indique que la circoncision masculine touche 23%
de la population mondiale, ce qui fait un total de 650 millions d'hommes.
Qui circoncit? Avant tout tous les
juifs, tous les musulmans et certains groupes chrétiens. Ainsi tous
les coptes d'Égypte, d'Éthiopie et du Soudan circoncisent
leurs garçons. De même 60% des enfants mâles des États-Unis,
toutes religions confondues, sont circoncis. En Europe, probablement entre
2 et 5% de la population est circoncise. Le taux de circoncision en Australie
est de 10%, et au Canada de 25%. Retenons donc pour simplifier qu'environ
13 millions d'enfants sont circoncis annuellement.
Concernant les femmes, les statistiques
sont aussi approximatives. Une source dit que chaque année 2.000.000
de filles sont circoncises dans le monde, ce qui fait une moyenne de 3,8
filles chaque minute. Une autre source indique que la circoncision féminine
touche 5% de la population mondiale, ce qui fait un total de 100 millions
de femmes. L'OMS estime le nombre des femmes circoncises dans le monde
en 1998 à 136.797.440. Entre 15 et 20% de ces femmes sont subi le
quatrième type de circoncision (infibulation). Les données
statistiques de l'OMS concernent 28 pays africains, majoritairement musulmans.
Signalons à cet égard qu'environ 97% des femmes égyptiennes
sont circoncises. Si la majorité des femmes circoncises dans le
monde sont des musulmanes, on rencontre aussi des femmes chrétiennes
et juives circoncises en Afrique. C'est le cas par exemple des Falachas
en Éthiopie et des Coptes en Égypte, au Soudan et en Éthiopie
Mais il faut aussi savoir que la circoncision féminine a été
pratiquée en Europe et en Amérique, parmi les blancs, à
partir du milieu du 19ème siècle jusqu'aux années
1970. En 1959, un médecin américain nommé Rathmann
a inventé un appareil pour circoncire les femmes. Encore aujourd'hui
la circoncision féminine continue à être pratiquée
parmi les blancs, mais on ne connaît pas bien le pourcentage.
On retiendra de ces chiffres que
la circoncision masculine est au moins cinq fois plus répandue que
la circoncision féminine.
4) Circoncision masculine et féminine
et la sexualité
On entend généralement
que la circoncision masculine n'a pas d'effet sur la sexualité de
l'homme contrairement à la circoncision féminine.
Toute généralisation
dans ce domaine est fausse. En effet, tout dépend du type de circoncision
dont on parle. Si on se réfère même à la circoncision
masculine du premier ou du deuxième type, les auteurs juifs classiques
comme Philon ou Maïmonides ainsi que Thomas d'Aquin et des auteurs
musulmans classiques affirment que son but est de réduire le plaisir
sexuel de l'homme. En effet, le prépuce est considéré
comme la partie la plus sensible de l'organe sexuel. En le supprimant,
on supprime aussi les glandes qui produisent la matière lubrifiante
et on prive le gland de sa protection. Ce qui rend l'organe sexuel moins
sensible et moins humide et la relation sexuelle plus pénible. Les
circoncis recourent plus souvent à des matières lubrifiantes
artificielles pour humecter le pénis, ce qui n'est pas nécessairement
bon pour la santé de l'homme et de la femme. D'autre part, la circoncision
féminine affecte certainement le plaisir sexuel si elle touche le
clitoris. Mais on reconnaît aujourd'hui que même la forme la
plus drastique de la circoncision féminine ne prive pas totalement
la femme du plaisir sexuel. D'autre part, on recourt parfois à l'excision
du capuchon du clitoris pour avoir plus de plaisir sexuel en dégageant
le clitoris. De telles opérations ont lieu en Occident parmi les
femmes blanches pour remédier à la frigidité et augmenter
le plaisir sexuel.
5) Circoncision masculine et féminine
et avantages médicaux
On entend souvent que la circoncision
masculine a des avantages médicaux. En fait, si on examine la littérature
médicale occidentale à partir du 19ème
siècle, on constate que les médecins ont invoqué une
série d'avantages médicaux tant pour la circoncision masculine
que féminine. Ainsi la première raison pour laquelle les
occidentaux ont circoncis les hommes et les femmes est pour lutter contre
la masturbation qui étaient censée provoquer de nombreuses
maladies incurables. On a aussi invoqué la raison hygiénique.
Cette raison est valable tant pour les hommes que pour les femmes. On a
aussi considéré la circoncision masculine et féminine
comme moyen pour lutter contre l'épilepsie, les infections urinaires,
le cancer. Dernièrement, on a invoqué que la circoncision
masculine peut protéger contre le sida. Mais en fait, si cela était
vrai, les Américains seraient moins infectés par le sida
que les Européens, mais c'est juste le contraire qui arrive. D'autre
part, comme la circoncision prive l'organe sexuel d'une partie de sa peau
et le rend plus tendu et plus sec, il y a plus de risque de déchirement
dans la peau et donc plus de risque d'infection. On estime aussi que les
circoncis recourent plus fréquemment aux rapports sexuels bocaux
et anaux, ce qui augmente le risque du sida.
En fait, la circoncision n'a que
deux avantages médicaux certains: elle réduit le poids de
l'enfant et alourdit la poche du médecin. Toutes les autres raisons
sont fallacieuses si on excepte des cas rarissimes de déformation
et d'infection qui résiste aux antibiotiques. Par conséquent,
il ne devrait pas y avoir plus de circoncisions que d'opérations
d'amputation du nez ou de la jambe. Une des raisons de la circoncision
tant masculine que féminine est le gain matériel. Aux États-Unis,
si vous dites à un médecin de ne pas circoncire, il comprendra
que vous voulez circoncire son salaire. On a demandé à un
médecin propagandiste de la circoncision masculine nommé
Wiswell ce qu'il lui fallait pour changer d'avis, il a répondu:
un million de dollars.
6) Les hommes ne se plaignent
pas
On entend souvent qu'on n'entend
pas des hommes se plaindre de la circoncision masculine. En fait, si un
homme se plaint cela signifie une reconnaissance qu'il a des problèmes
de virilité. D'où le peu de plainte des hommes. D'autre part,
les hommes circoncis petits n'ont pas le moyen de comparer puisqu'ils ont
toujours vécu avec des pénis mutilés. Mais il faut
aussi relever qu'aux États-Unis il existe un mouvement grandissant
d'hommes et de femmes, tant chrétiens que juifs, opposés
à la circoncision masculine considérée comme une atteinte
à l'intégrité physique des hommes et au plaisir sexuel.
Des hommes circoncis recourent de plus en plus à un système
de restauration du prépuce. On tire la peau du pénis pendant
des mois jusqu'à ce qu'elle couvre le gland. Ceux qui ont essayé
cette méthode, largement décrite sur internet, disent qu'ils
ont gagné en plaisir sexuel. Certains disent qu'ils pratiquent désormais
l'amour en couleur alors qu'auparavant ils pratiquaient l'amour en noir
et blanc. Des études démontrent que la circoncision masculine
affecte le psychique de la personne et, partant, la société
elle-même. Certains disent qu'il y a un lien entre la violence, le
viol et la pédophilie aux États-Unis et la circoncision masculine.
Cette théorie est surtout développée par un psychologue
juif nommé Ronald Goldman dans une thèse récente de
doctorat sur le traumatisme causé par la circoncision masculine
aux États-Unis |
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7) Arguments religieux chez les
juifs
On entend souvent que la circoncision
masculine a des bases religieuses, mais que la circoncision féminine
n'en a pas. Est-ce vrai? Et quelle est la valeur de cet argument? Voyons
que disent les textes religieux des juifs, des chrétiens et des
musulmans.
A) Ancien Testament
L'Ancien Testament ne contient aucune
norme concernant la circoncision féminine. Elle constitue par contre
la base pour la pratique de la circoncision masculine pour les juifs, les
chrétiens intégristes et les musulmans. Deux textes régissent
cette pratique. Le premier est le chapitre 17 du livre de la Genèse
qui dit que Dieu a apparu à Abraham lorsqu'il avait 99 ans (voyez
la précision) et lui a commandé de se circoncire et de circoncire
tous ses descendants mâles à l'âge de huit jours, ainsi
que ses esclaves. En contre partie, Dieu promet à Abraham et ses
descendants de lui octroyer la terre de Canaan en possession à perpétuité.
Ainsi la circoncision devient un acte politique.
Le deuxième texte est du chapitre
12 du Lévitique qui dit: "Au huitième jour on circoncira
le prépuce de l'enfant"(Lv 12:1-5).
Dans le premier texte, la circoncision
est signe d'une d'alliance passée par Dieu avec Abraham et sa progéniture.
La circoncision en hébreu se dit: Berit mila, littéralement
l'alliance de la coupure. Le deuxième texte, par contre, situe la
circoncision dans les normes relatives à la purification de la mère
et de son enfant. Dans de nombreux autres textes, l'Ancien Testament utilise
le terme "circoncis" par opposition à "incirconcis", ce dernier
étant considéré comme impur. D'où l'interdiction
faite aux incirconcis de participer aux cérémonies religieuses
(voir Ex 12:48), d'entrer dans le sanctuaire (Ez 44:9) ou même dans
Jérusalem (Is 52:1).
B. Débat actuel
La circoncision féminine a
été pratiquée par les juifs. Elle continue à
l'être chez les juifs éthiopiens (les Falachas). Mais, à
notre connaissance, il n'y a pas de débat religieux autour de cette
pratique. On trouve par contre de nombreux juifs qui luttent contre la
circoncision féminine tout en refusant de s'engager contre la circoncision
masculine. On citera ici notamment Edmond Kaiser, fondateur de Terre des
Hommes et de Sentinelles. Ainsi on prêche la morale aux Africains
au lieu de la prêcher aux Américains et aux Juifs. Ceci relève
de l'hypocrisie, de la lâcheté et de l'impérialisme
culturel.
La circoncision masculine continue
encore aujourd'hui à être pratiquée par l'écrasante
majorité des juifs bien qu'ils aient abandonné de nombreuses
autres normes bibliques: la loi du talion (Dt 19:21); la lapidation de
l'adultère (Dt 22:23), etc.. On peut cependant constater qu'elle
a connu aussi ses adversaires depuis les anciens temps. Des juifs l'avaient
abandonnée et certains ont même refait leur prépuce
(I Mac 1:15; voir aussi I Cor 7: 18), raison pour laquelle Dieu aurait
rejeté Ésaü, fils de Jacob, selon des récits
juifs. Le Livre des Maccabées rapporte que les autorités
grecques étaient hostiles à cette pratique et punissaient
de mort celui qui la pratiquait. Mais les rabbins n'étaient pas
plus tolérants à l'égard des incirconcis. Élie
se plaint amèrement de ceux qui ont abandonné la circoncision
(I R 19:10). Le livre des Maccabées rapporte que des zélotes
juifs "firent une tournée pour... circoncire de force tous les enfants
incirconcis qu'ils trouvèrent sur le territoire d'Israël" (I
Mac 2:45-46). Encore aujourd'hui, les rabbins montrent une hostilité
à l'égard de leurs coreligionnaires qui refusent de se faire
circoncire.
Dans les temps modernes, le débat
contre la circoncision parmi les juifs a débuté après
la révolution française de 1789 dont le but était
de créer une société civile où l'appartenance
aux communautés religieuses est remplacée par une appartenance
nationale. En 1842, un groupe de juifs à Frankfurt a proposé
la suppression de la circoncision et son remplacement par une cérémonie
religieuse égalitaire pour les garçons et les filles, sans
faire couler le sang. En 1866, 66 médecins viennois juifs ont signé
une pétition contre la pratique de la circoncision. En 1871, les
rabbins ont décidé à Augsbourg qu'un enfant né
d'une mère juive resté non circoncis pour une raison quelconque
devait être considéré comme juif. On signale à
cet égard que le fils d'Herzl, fondateur du sionisme, n'était
pas circoncis à sa naissance; il le fut à son adolescence
sur insistance des disciples de son père.
Ce courant opposé à
la circoncision s'est transféré aux États-Unis avec
les immigrés juifs. Dans ce pays, les rabbins réformés
ont décidé en 1892 de ne plus imposer la circoncision aux
nouveaux convertis. Mais avec l'augmentation des naissances dans les hôpitaux
américains et la généralisation de la circoncision
masculine, les rabbins se sont vus confrontés à une pratique
de la circoncision qui n'est pas conforme aux normes juives, étant
faite par des médecins, dans les trois jours qui suivent la naissance
et sans le rituel religieux. Ils ont essayé d'y remédier
en formant des circonciseurs juifs. Et comme le mariage religieux est reconnu
aux États-Unis, les rabbins ont essayé de reprendre le terrain
perdu en refusant de marier ceux qui ne sont pas circoncis. Les événements
de la deuxième guerre mondiale sont venus renforcer la pratique
de la circoncision. En 1979, l'assemblée générale
des rabbins a décidé que la circoncision était obligatoire
et qu'elle devait être faite selon les normes juives avec le rituel
religieux.
Actuellement, on assiste à
un renouveau de la critique contre la circoncision dans les milieux juifs
américains, critique axée surtout sur ses désavantages
médicaux et psychiques. En raison de l'hostilité croissante
du corps médical envers la circoncision médicale, les juifs
se retrouvent progressivement seuls devant la décision. Leur sentiment
religieux devenu faible, ils ne sont plus motivés à pratiquer
la circoncision religieuse, soit en refusant de faire circoncire leurs
enfants, soit en les faisant circoncire dans les hôpitaux sans rituel.
Face à cette situation, certains auteurs juifs demandent d'être
plus souple dans la pratique de la circoncision, en privilégiant
le rituel à l'amputation du prépuce, en établissant
un rituel parallèle aux filles et en permettant la pratique de la
circoncision par des femmes. Mais d'autres ont opté pour la suppression
de la mutilation tout en maintenant un rituel religieux égalitaire
pour les garçons et les filles. Au lieu de couper le prépuce,
certains proposent de couper une carotte à titre symbolique. D'autres
enfin rejettent aussi bien le rituel que la mutilation.
Cette contestation a gagné
Israël où des activistes des droits de l'homme ont créé
en 1997 une organisation pour lutter contre les mutilations sexuelles.
Des dizaines de parents, malgré l'hostilité de leurs familles,
refusent de circoncire leurs enfants, pratique qu'ils considèrent
comme contraire à la législation israélienne qui interdit
l'abus et les mauvais traitements contre les enfants. Le chanteur et critique
littéraire Menachem Ben dit qu'il a circoncis son fils à
sa manière, en se référant au texte de la Bible qui
parle de la circoncision du cœur. A ceux qui avancent les avantages de
la circoncision, ces opposants répliquent qu'il y a plus d'enfants
qui meurent à cause de la circoncision que des infections contre
lesquelles elle est prétendue protéger, et qu'il suffit de
laver le pénis pour le maintenir propre. Invoquant Maïmonides,
ils ajoutent que la circoncision réduit le plaisir sexuel.
Le Grand Rabbin d'Israël Eliahu
Bakshi Doron dit qu'à son grand chagrin il savait que cela finira
par arriver: La haine de soi-même a pris le peuple; l'idée
que tout ce qui est juif est abominable s'est étendue à la
circoncision. Il ajoute que les prétentions que la circoncision
pourrait causer un dommage ne justifient pas de douter de cette coutume
ancienne. Et même si la circoncision lèse le plaisir sexuel,
cela n'est pas une tragédie.
8) Arguments religieux chez les
chrétiens
A) Nouveau Testament
Jésus attaqua fortement les
autorités religieuses de son temps. Il dénonça la
loi du talion (Mt 5:38-39) et la lapidation de l'adultère (Jn 8:3-11).
Mais nous ne trouvons aucune position concrète de Jésus concernant
la circoncision. Des quatre évangiles, seul l'évangile de
Luc nous rapporte que Jésus a été circoncis "lorsque
furent accomplis les huit jours" (Lc 2:21). On trouve une autre référence
à la circoncision dans l'évangile de Jean:
Pourquoi cherchez-vous à
me tuer? La foule répondit: Tu es un démon. Qui cherche à
te tuer? Jésus leur répondit: Pour une seule oeuvre que j'ai
faite, vous voilà tous étonnés. Moïse vous a
donné la circoncision - non qu'elle vienne de Moïse mais des
patriarches - et, le jour du sabbat, vous la pratiquez sur un homme. Alors,
un homme reçoit la circoncision, le jour du sabbat, pour que ne
soit pas enfreinte la loi de Moïse, et vous vous indignez contre moi
parce que j'ai guéri un homme tout entier le jour du Sabbat. Cessez
de juger sur l'apparence; jugez selon la justice (Jn 7:19-24).
Lorsque des non-juifs ont commencé
à devenir chrétiens, il y a eu un grand débat sur
la circoncision rapporté par les Actes des apôtres. Après
que Pierre ait répondu à l'invitation d'un centurion romain
incirconcis et l'ait converti, les chrétiens circoncis d'origine
juive l'ont pris à partie, lui reprochant d'être entré
chez des incirconcis et d'avoir mangé avec eux (11:2-3). Pierre
a justifié son geste par une vision dans laquelle il a entendu une
voix lui dire à trois reprises: "Ce que Dieu a purifié, toi,
ne le dis pas souillé" (10:15-16 et 11:8-10). Mais les circoncis
ne l'entendaient pas de cette oreille; "certains gens descendus de Judée
enseignaient aux frères: Si vous ne vous faites pas circoncire suivant
l'usage qui vient de Moïse, vous ne pouvez être sauvés"
(15:1). La question fut traitée dans une réunion des apôtres
et des anciens qui se tint à Jérusalem (15:2). Jacques arbitra
le débat en décidant "qu'il ne faut pas tracasser ceux des
païens qui se convertissent à Dieu. Qu'on leur demande seulement
de s'abstenir de ce qui a été souillé par les idoles,
des unions illégitimes, des chairs étouffés et du
sang" (15:19-20).
Paul, chargé de convertir
les païens, est revenu à plusieurs reprises sur cette question.
Deux passages résument sa position:
- Que chacun continue de vivre
dans la condition que lui a départie le Seigneur, tel que l'a trouvé
l'appel de Dieu. C'est la règle que j'établis dans toutes
les Églises. Quelqu'un était-il circoncis lors de son appel?
qu'il ne se fasse pas de prépuce. L'appel l'a-t-il trouvé
incirconcis? qu'il ne se fasse pas circoncire. La circoncision n'est rien,
et l'incirconcision n'est rien; ce qui compte, c'est de garder les commandements
de Dieu (I Cor 7: 17-20).
- Vous vous êtes dépouillés
du vieil homme avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau,
celui qui s'achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à
l'image de son Créateur. Là, il n'est plus question de Grecs
ou de Juifs, de circoncision ou d'incirconcision, de Barbare, de Scythe,
d'esclave, d'homme libre; il n'y a que le Christ, qui est tout et en tout
(Col 3:10-11).
D'obligatoire, la circoncision est devenue
ainsi facultative, pour des raisons théologiques et tactiques. On
remarquera ici qu'on ne trouve aucune référence dans les
textes de l'Ancien ou du Nouveau Testament évoquant l'inviolabilité
de l'intégrité physique d'une personne non consentante ou
une justification médicale pour la circoncision, principaux arguments
utilisés aujourd'hui dans la discussion de la circoncision masculine
et féminine.
B. Débat actuel
Le débat sur la circoncision
masculine a continué dans les premiers siècles parmi les
chrétiens. Origène (185-254) présente la circoncision
charnelle d'Abraham comme "une figure de la circoncision spirituelle":
"beaucoup de choses se produisaient en figure et en image de la réalité
à venir" (1 Cor 10:11). Il ajoute que la circoncision qui est demandée
par Dieu est celle du cœur (dite spirituelle) et non pas du prépuce
(dite charnelle). Pour lui, l'homme doit circoncire non seulement le prépuce,
mais tous ses membres en s'abstenant de les utiliser pour commettre le
péché. Il traite la circoncision charnelle de pratique "honteuse,
répugnante, hideuse, et que, rien que par son mode et son aspect
extérieur, elle fait obscène".
Cette interprétation allégorique
de la circoncision se retrouve chez Cyrille, Patriarche d'Alexandrie (v.
376/380-444) lequel reproche aux juifs d'avoir pris la Bible à la
lettre. Citant Paul (I Cor 7:19), il écrit: "Le sens de la circoncision
véritable atteint sa plénitude non pas dans ce que subit
la chair, mais dans la volonté de faire ce que Dieu prescrit. A
cet argument religieux, Cyrille ajoute celui de la perfection de la nature
humaine:
... le Dieu qui est au-dessus de
toutes choses a créé des milliers de races d'êtres
vivants dépourvus de raison. Or il apparaît qu'il n'y a dans
leur constitution orientée vers la beauté la plus exacte,
rien qui soit imparfait ni superflu. Elles sont tout à fait affranchies
de ces deux calomnies et ont échappé à cette double
accusation. Comment donc Dieu, l'artiste par excellence, lui qui a eu une
telle attention dans les plus petites choses, aura-t-il fait une erreur
dans la plus précieuse de toutes? Et lorsqu'il y introduit dans
le monde celui qui est à son image, l'aura-t-il fait paraître
plus laid que les êtres dépourvus de raison, s'il est vrai
qu'en eux il n'y a aucune erreur, alors qu'en lui il en est une?
Saint Thomas d'Aquin dit clairement
que le chrétien qui se fait circoncire commet un péché
mortel. Malgré cette opposition, la circoncision a continué
dans certaines communautés chrétiennes au Proche-Orient en
contact avec les musulmans. C'est notamment le cas des Coptes Égypte,
du Soudan et Éthiopie qui pratiquent tant la circoncision masculine
que féminine. Dans mes discussions avec les Coptes d'Égypte,
j'ai constaté qu'ils utilisent les mêmes arguments que les
musulmans: la circoncision d'Abraham et de Jésus. Ils ne sont pas
au courant de la position des Actes des apôtres ou des lettres de
Saint Paul. Quant aux responsables religieux coptes, ils disent que le
baptême a remplacé la circoncision pour le chrétien.
Se référant à Saint Paul, Anba Gregorius répète
que la circoncision n'est rien. Il n'y voit que coutume et mesure hygiénique
facultative. Le chrétien qui veut se faire circoncire doit cependant
le faire avant le baptême. S'il le fait après, il commet un
péché mortel.
Dans notre siècle, le débat
religieux autour de la circoncision masculine a repris de plus belle parmi
les chrétiens, notamment parmi les fondamentalistes protestants
des Etats-Unis. Dans ce pays, la justification scientifique sert à
réhabiliter l'Ancien Testament. Et cela ne se limite pas au domaine
de la circoncision.
Publié en 1963, actuellement
dans son 15ème tirage, le livre "Non of these diseases" du médecin
chrétien McMillen a été vendu à plus d'un million
d'exemplaires. Le titre de ce livre provient d'une citation d'Exode mentionnée
dans la préface:
Si tu écoutes bien la voix
de Yahvé ton Dieu et fais ce qui est droit à ses yeux, si
tu prêtes l'oreille à ses commandements et observes toutes
ses lois, tous les maux que j'ai infligés à l'Égypte,
je ne te les infligerai pas, car je suis Yahvé, celui qui te guérit
(Ex 15:26).
Cet ouvrage dit que la promesse contenue
dans ce verset reste pertinente même au vingtième siècle.
Il consacre un chapitre à la sagesse derrière la circoncision.
Rapportant un cas de décès par cancer, il prétend
que les juifs ne souffrent que rarement du cancer du pénis, à
cause de la circoncision instituée par Dieu. La circoncision doit
se faire comme prescrite par Dieu au huitième jour... pour des raisons
médicales: la vitamine K se développe le plus au huitième
jour. Faire l'opération avant donne lieu à plus d'hémorragie;
la faire plus tard traumatise l'enfant. Il oublie cependant que la circoncision
à cet âge est la plus dangereuse du fait que le prépuce
est souvent collé au gland, ce qui augmente le risque d'hémorragie.
Le Pasteur Dan Gayman a écrit
un pamphlet: Lo, children... our heritage from God, titre inspiré
du Psaume 127:3: "C'est l'héritage de Yahvé que des fils
récompense". Il y présente la circoncision comme une directive
non seulement pour la santé du mâle, mais aussi pour sa moralité
et sa spiritualité. Elle a été donnée à
Abraham et doit être pratiquée par tous ses descendants au
huitième jour, y compris les chrétiens. Elle aide à
maintenir la pureté en réduisant la sexualité et à
prévenir de nombreuses maladies. Ceux qui désobéissent
aux ordres divins doivent s'attendre à subir les conséquences
néfastes.
L'évangéliste de la
télévision Pat Roberston qui s'était présenté
à la présidence des États-Unis en 1988 dit: "Si Dieu
a donné des instructions à son peuple d'être circoncis,
ceci est certainement pour une bonne raison puisque Dieu est parfait dans
sa sagesse et sa connaissance".
Le Pasteur Jim Bigelow conteste cette
utilisation de la Bible. S'il est vrai que la circoncision prescrite par
Dieu aux juifs est bonne, alors il faut aussi considérer comme bonnes
toutes les prescriptions bibliques comme les normes relatives à
la purification des femmes, aux normes de la nourriture kasher, etc. La
Bible dit: "Vous ne pourrez manger aucune bête crevée. Tu
la donneras à l'étranger qui réside chez toi pour
qu'il la mange, ou bien vends-la à un étranger du dehors.
Tu es en effet un peuple consacré à Yahvé ton Dieu"
(Dt 14:21). Comment Dieu peut-il interdire aux uns et permettre aux autres
de manger une bête crevée?
Bigelow ajoute que la circoncision
pratiquée aujourd'hui diffère de la circoncision symbolique
prévue dans la Bible. On ne saurait donc lui attribuer tous les
bienfaits que les "scientifiques" lui attribuent. Et si Dieu voyait que
la circoncision était nécessaire au huitième jour,
pourquoi alors a-t-il laissé errer son peuple dans le désert
pendant 40 ans sans circoncision?. Si la circoncision était nécessaire,
il serait inconcevable que le nouveau Testament la considère comme
"rien" (I Cor 7:19). Dieu peut-il exposer ses croyants pendant deux milles
ans aux dangers si la circoncision était véritablement utile
pour la santé? Or, les textes du Nouveau Testament sont inspirés
par le Saint Esprit.
Romberg, infirmière chrétienne
mariée à un juif, et auteur d'un grand ouvrage contre la
circoncision, explique que des parents chrétiens, tout en sachant
que la circoncision n'a pas de raison d'être sur le plan médical,
estiment que la circoncision est bonne étant prescrite par l'Ancien
Testament. De ce fait, elle a écrit un petit document de six pages
pour les en dissuader. Sa position peut être résumée
comme suit:
- Certaines pratiques prévues
par la Bible ne sont plus acceptées aujourd'hui, comme brûler
des oiseaux et des animaux.
- Pour les chrétiens, la question
de la circoncision a été tranchée par le Nouveau Testament
qui la considère comme "rien".
- La Bible n'a pas prescrit la circoncision
pour des raisons hygiéniques. En outre, elle en parle d'une manière
métaphorique: circoncision du coeur, des oreilles.
- Jésus était circoncis,
mais Marie et Joseph étaient juifs et n'avaient pas le choix dans
ce temps-là. St Ambroise explique: "Puisque le prix a été
payé pour tous par le Christ par sa souffrance, il n'y a plus besoin
de faire couler le sang de chacun par la circoncision".
- En faisant souffrir les enfants,
la circoncision va contre les deux principes du Nouveau Testament: "Le
fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité serviabilité,
bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi"
(Ga 5:22-23) et "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous,
faites-le vous mêmes pour eux" (Mt 7:12).
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9) Arguments religieux chez
les musulmans
A. Le Coran et la Sunnah
Le Coran, la première source
du droit musulman, ne mentionne ni la circoncision masculine ni la circoncision
féminine. Des auteurs musulmans trouvent cependant une justification
de la circoncision masculine dans le verset 2:124: "Lorsque son Seigneur
éprouva Abraham par certains ordres et que celui-ci les eut accomplis,
Dieu dit: "Je vais faire de toi un guide pour les hommes".
Recourant à certains récits
de Mahomet, les auteurs musulmans classiques et modernes interprètent
le terme "ordres" comme se référant à la circoncision
d'Abraham. Or, comme Abraham est un modèle pour les musulmans, ceux-ci
doivent agir comme il a agi: "Nous t'avons ensuite révélé:
Suis la Religion d'Abraham, un vrai croyant" (16:123).
A défaut de texte coranique
clair, les auteurs musulmans classiques et modernes recourent à
des récits de Mahomet.
- Mahomet a demandé à
une circonciseuse si elle continue à pratiquer son métier.
Elle a répondu par l'affirmative en ajoutant: "à moins que
cela ne soit interdit et que tu ne me commandes de cesser cette pratique".
Mahomet lui a répliqué: "Mais si, c'est permis. Approche-toi
de moi pour que je puisse t'enseigner: Si tu coupes, n'exagère pas
car cela rend plus rayonnant le visage et c'est plus agréable pour
le mari". Selon d'autres rapporteurs, il lui aurait dit: "Coupe légèrement
et n'exagère pas car c'est plus agréable pour la femme et
meilleur pour le mari".
- Mahomet dit: "La circoncision est
une sunnah pour les hommes et makrumah pour les femmes". Le terme sunnah
ici signifie qu'elle est conforme à la tradition de Mahomet, ou
tout simplement une coutume du temps de Mahomet. Le terme makrumah signifie
"action méritoire". Ce qui implique qu'il est préférable
de pratiquer la circoncision féminine. Les chi'ites citent l'Imam
Al-Sadiq: "la circoncision féminine est une makrumah, et que y a-t-il
de meilleur qu'une makrumah?".
- Mahomet dit: "Celui qui devient
musulman qu'il se circoncise même s'il est âgé".
- On demanda à Mahomet si
un incirconcis pouvait faire le pèlerinage. Il répondit:
"Non, tant qu'il n'est pas circoncis".
- Mahomet dit: "Cinq [normes] appartiennent
à la fitrah: le rasage du pubis, la circoncision, la coupe des moustaches,
l'épilation des aisselles et la taille des ongles". Le terme fitrah
désignerait les pratiques que Dieu a enseignées à
sa créature. Celui qui recherche la perfection doit se conformer
à ces pratiques. Il ne s'agit pas de pratiques obligatoires, mais
simplement conseillées.
- Mahomet dit: "La terre devient
impure pendant quarante jours par l'urine d'une personne incirconcise".
Ce récit est rapporté dans les ouvrages chi'ites.
Les auteurs musulmans classiques rapportent
aussi que Sarah, jalouse de Hagar, s'est disputé avec elle et a
juré de la mutiler. Abraham a protesté. Sarah a répondu
qu'elle ne pouvait parjurer. Alors Abraham a indiqué à Sarah
de la circoncire "pour que la circoncision devienne une norme parmi les
femmes". Ils citent aussi l'évangile apocryphe de Barnabé
selon lequel le Christ aurait confirmé l'obligation de la circoncision
masculine.
B. Débat actuel autour
de la circoncision masculine
La circoncision ne semble pas avoir
été toujours prescrite parmi les musulmans. Les auteurs classiques
ne sont pas unanimes concernant la circoncision de Mahomet. Certains pensent
qu'il est né circoncis et d'autres, qu'il a été circoncis
par un ange ou par son grand-père. Ayant appris le décès
de vieillards auxquels un gouverneur avait commandé de se circoncire
après leur conversion, Hasan Al-Basri (642-728), s'indigna et dit
que beaucoup de gens appartenant à différentes races sont
devenus musulmans du temps de Mahomet et personne n'a cherché sous
leurs habits pour voir s'ils étaient circoncis, et ils ne furent
pas circoncis.
Plus proche de nous, certains ont
rejeté l'interprétation qui est faite du verset 2:124, interprétation
que Muhammad Abdu attribue aux juifs pour ridiculiser la religion musulmane.
L'Imam Mahmud Shaltut dit aussi que cette interprétation est excessive.
Ce dernier, se basant sur l'autorité de l'Imam Al-Shawkani, dit
que les récits concernant la circoncision masculine et féminine
ne sont ni clairs ni authentiques. Malgré cela, l'écrasante
majorité des auteurs musulmans modernes soutient que la circoncision
masculine est obligatoire.
Nous avons cependant trouvé
cinq auteurs musulmans modernes qui contestent la pratique de la circoncision
masculine:
- Le penseur égyptien Isam-al-Din
Hafni Nasif a traduit en 1971 l'ouvrage de Joseph Lewis: In the name of
humanity, sous le titre: "La circoncision est une erreur israélite
nuisible". Dans sa préface, plus longue que l'ouvrage lui-même,
Nasif demande de mettre fin à la circoncision masculine qu'il considère
comme une pratique barbare introduite par les juifs dans la société
musulmane.
- Le journaliste sarcastique Muhammad
Afifi a publié dans la revue cairote Al-Hilal, avril 1971, un long
compte-rendu de l'ouvrage susmentionné traduit par Nasif. Il n'y
cache pas son hostilité à la circoncision masculine.
- Le juge libyen Mustafa Kamal Al-Mahdawi
estime que la circoncision masculine est une coutume juive. Les juifs croient
que Dieu ne les voit que s'ils portent la marque de la circoncision ou
s'ils marquent de sang leurs portes. Il se réfère ici au
commandement de Dieu donné aux juifs pour qu'ils mettent le sang
de l'animal sacrifié sur les deux montants et le linteau des maisons
parce qu'il entendait frapper tous les premiers-nés en Égypte
(Ex 12:7-13). Al-Mahdawi ajoute que le Coran ne mentionne pas une telle
"logique spécieuse". Dieu ne s'adonne pas à de tels badinages
tout comme il n'a pas créé le prépuce comme objet
superficiel destiné uniquement à être coupé.
Il cite le verset: "Notre Seigneur, tu n'as pas créé tout
ceci en vain! Gloire à toi! Préserve-nous du châtiment
du feu" (3:191).
- Jamal Al-Banna, frère cadet
de l'Imam Hassan Al-Banna (fondateur du mouvement des Frères musulmans),
invoquant le verset "Oui, nous avons créé l'homme dans la
forme la plus parfaite" (95:4), dit que la circoncision masculine et féminine
ne font pas partie de la religion musulmane puisqu'elles ne figurent pas
dans le Coran.
- Edip Yuksel, auteur turc, représentant
d'un groupe musulman aux États-Unis fondé par l'Égyptien
Rashad Khalifa qui rejette toute référence aux récits
de Mahomet, dit dans un communiqué sur internet: "On doit se demander
comment un Dieu miséricordieux pourrait prôner un mal et une
injustice pareils envers les enfants.... Pour tous les vrais savants du
Coran, la réponse est claire. Dieu, dans sa pitié infinie,
ne peut pas agréer un tel rituel cruel. Cet acte n'est nullement
mentionné dans le Coran. Ce n'est que dans les innovations (hadiths),
oeuvres de l'homme, qu'on peut trouver de tels lois et rituels cruels...
Mettons fin à ce vieux crime datant de nombreux siècles contre
nos enfants". Ce communiqué renvoie à mon article sur internet
"To mutilate in the name of Jehovah or Allah". Contacté par e-mail,
Yuksel m'a confié que l'article en question a ouvert ses yeux et
les yeux de ses amis.
Signalons à cet égard
que le Coran parle de la perfection de la nature humaine dans dix versets.
D'autre part, on y lit le verset suivant: "[Le démon dit]: "Oui,
je prendrai un nombre déterminé de tes serviteurs; je les
égarerai et je leur inspirerai de vains désirs; je leur donnerai
un ordre, et ils fendront les oreilles des bestiaux; je leur donnerai un
ordre, et ils changeront la création de Dieu" (4:119). Ce verset
considère l'altération de la création de Dieu comme
une obéissance au démon. Par conséquent, le silence
du Coran en matière de circoncision masculine doit être interprété
comme une opposition à cette pratique.
C. Débat actuel autour
de la circoncision féminine
Bien que l'on trouve beaucoup d'auteurs
musulmans qui condamnent la circoncision féminine, la majorité
de ces auteurs, y compris dans les pays qui ne connaissent pas cette pratique,
soutient qu'elle est une makrumah, acte méritoire, en se basent
sur les récits de Mahomet. Le débat fait surtout rage en
Égypte où 97% des femmes sont excisées. Dans ce pays,
la Commission de fatwa a rendu plusieurs fatwas:
- La fatwa du 28 mai 1949 a déclaré
que l'abandon de la circoncision féminine ne constitue pas un péché.
- La fatwa du 23 juin 1951 considère
qu'il est souhaitable de pratiquer la circoncision féminine parce
qu'elle modère la nature. Elle ne permet pas de prendre en considération
les avis des médecins sur ses méfaits
- La fatwa du 29 janvier 1981, dont
l'auteur est Jad-al-Haq, devenu par la suite le Cheikh de l'Azhar, affirme
qu'il n'est pas possible d'abandonner les enseignements de Mahomet en faveur
de l'enseignement d'autrui, fut-il un médecin, parce que la médecine
évolue et n'est pas constante. La responsabilité de la circoncision
des filles incombe aux parents et à ceux qui en ont la charge. Il
ajoute: "Si les gens d'une contrée refusent de pratiquer la circoncision
masculine et féminine, le chef de État peut leur déclarer
la guerre".
- Jad-al-Haq a réitéré
sa position dans une autre fatwa d'octobre 1994, dans laquelle il répéta
trois fois la phrase relative à la déclaration de la guerre
contre ceux qui abandonnent la circoncision masculine et féminine.
Tous les musulmans qui pratiquent la
circoncision féminine pensent qu'elle fait partie de la religion.
L'incirconcision a des conséquences graves sur le plan social. Dans
certains pays, la fille incirconcise ne se marie pas et les gens commencent
à parler d'elle comme de personne de mauvaise conduite, possédée
par le diable. Dans la campagne égyptienne, la matrone qui pratique
la circoncision féminine délivre un certificat qui sert pour
le mariage. El-Masry rapporte les dires d'une sage-femme égyptienne
qui avait circoncis plus de 1000 filles. Selon elle, "on devait lyncher
les pères qui s'opposeraient à l'excision de leurs filles,
parce que ces pères acceptaient en somme que leurs filles deviennent
des prostituées".
De nombreuses organisations des pays
musulmans où la circoncision féminine est pratiquée
essaient de s'y opposer. Elles rappellent que le Coran affirme la perfection
de la créature de Dieu. Les adversaires de la circoncision féminine
ajoutent que les récits attribués à Mahomet sont peu
crédibles. C'est l'avis de l'Imam Shaltut et du Cheikh Muhammad
Al-Tantawi qui estiment qu'à défaut de base certaine dans
le Coran et les récits de Mahomet, il faut se référer
à l'opinion des médecins.
Mais quelle est la valeur de l'argument
religieux? Est-ce que parce que la loi du talion est inscrite dans la Bible
il faut l'appliquer? Est-ce que parce que la Bible condamne à mort
celui qui travaille le jour du sabbat il faut l'appliquer dans notre société?
Est-ce que parce que la Bible prive les femmes de la succession il faut
les priver aujourd'hui de la succession? Passons maintenant au débat
juridique. Si aujourd'hui on se met à appliquer tout ce que la Bible
dit, la société retomberait dans la barbarie. |
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10) Interdiction de la circoncision
masculine dans l'histoire
Les écrits juifs présentent
généralement l'abolition de la circoncision masculine dans
l'histoire comme faisant partie d'un complot visant à les exterminer.
Mais cela relève de l'exagération.
La 1ère
interdiction connue de la circoncision masculine a été l'œuvre
du roi d'Israël Achab (qui a régné de 875 à 853
av. J.-C.) et sa femme Jézabel. Elle est déduite d'une parole
d'Élie: "Je suis rempli d'un zèle jaloux pour Yahvé
Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance,
qu'ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l'épée.
Je suis resté moi seul et ils cherchent à m'enlever la vie"
(I R 19:9-10). L'expression ont abandonné ton alliance se
référerait à l'abandon de la circoncision. Et c'est
en commémoration de ce zèle d'Élie que les juifs installent
encore aujourd'hui une chaise dite chaise d'Élie lors de la cérémonie
de la circoncision. Tout ce qu'on peut déduire du texte biblique
est que la circoncision faisait l'objet de conflit à l'intérieur
de la communauté juive elle-même. Une partie, représentée
par le pouvoir politique, était opposée à cette pratique,
et l'autre partie, représentée par le pouvoir religieux,
lui était favorable.
La 2ème
interdiction date du temps du roi grec de Syrie Antiochus Épiphane
(d. 164 av. J.-C.). Sous son règne, nous dit le livre des Maccabées,
"surgit d'Israël une génération de vauriens qui séduisirent
beaucoup de personnes". Ceux-ci désiraient fusionner avec les autres
nations. Ils ont réussi à convaincre plusieurs parmi le peuple
d'aller trouver le roi. Ils ont demandé et obtenu "l'autorisation
d'observer les coutumes païennes". "Ils construisirent donc un gymnase
à Jérusalem, selon les usages des nations, [et] se refirent
des prépuces". Probablement encouragé par l'initiative de
ces juifs, "le roi publia ensuite dans tout son royaume l'ordre de n'avoir
à former tous qu'un seul peuple et de renoncer chacun à ses
coutumes: toutes les nations se conformèrent aux prescriptions royales".
Beaucoup de juifs ont fait bon accueil à ses mesures. Le roi a envoyé
aussi, par messagers, à Jérusalem et aux villes de Juda,
des édits leur enjoignant de laisser leurs fils incirconcis. Les
femmes qui avaient fait circoncire leurs enfants, ils les mettaient à
mort, suivant l'édit, avec leurs nourrissons pendus à leur
cou, exécutant aussi leurs proches et ceux qui avaient opéré
la circoncision (I M 1:11-64). "Deux femmes furent déférées
en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public
à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles,
avant de les précipiter ainsi du haut des remparts" (II M 6:10).
Ces mesures drastiques ont irrité les rabbins. Un prêtre nommé
Mattathias, ses cinq fils et les Assidéens "firent une tournée
pour détruire les autels et circoncire de force tous les enfants
incirconcis qu'ils trouvèrent sur le territoire d'Israël" (I
M 2:42-46).
Nous nous trouvons ici aussi devant
un conflit opposant des juifs et les autorités politiques d'une
part, et des rabbins d'autre part. Ces derniers n'étaient d'ailleurs
pas d'accord de laisser aux gens la liberté du choix puisqu'ils
ont circoncis "de force tous les enfants incirconcis qu'ils trouvèrent
sur le territoire d'Israël". Par conséquent, il nous semble
excessif de parler d'une volonté d'exterminer les juifs.
Les écrits juifs se réfèrent
aussi à l'empereur Hadrien (d. 138), pourtant un judéophile,
qui aurait interdit la circoncision des juifs. Mais en fait les textes
invoqués dans cette affaire sont peu clairs pour pouvoir les comprendre.
Ce qui est certain par contre est que les juifs ont continué à
pratiquer la circoncision masculine sur leurs enfants, y compris à
Rome, mais qu'ils étaient punis, tout comme les chrétiens
ou les païens, de confiscation de leurs biens, de mort ou d'exile
lorsque la circoncision avait lieu sur des non-juifs. L'esclave que le
juif circoncisait avait le droit à la liberté s'il dénonçait
son maître. Les lois romaines visaient en fait à protéger
la personne humaine contre les attentes à l'intégrité
physique, mais en même temps laissaient aux juifs le droit de pratiquer
leurs normes bien que cela soit contraire au droit à l'intégrité
physique.
11) Interdiction de la circoncision
masculine dans les temps modernes
Nous avons vu dans le débat
religieux que des juifs réformés allemands ont tenté
au 19ème siècle
de se libérer de la circoncision. Ils se sont adressés aux
autorités politiques, notamment à Francfort, pour qu'elles
réglementent la circoncision de manière à laisser
aux parents la liberté de circoncire ou de ne pas circoncire leurs
enfants. Ces autorités étaient aussi intéressées
à rendre l'opération moins risquée pour la santé
en prévoyant des qualifications pour le circonciseur. Ce dernier
problème a été aussi soulevé en France en 1843
où on a interdit au circonciseur juif de sucer le pénis de
l'enfant, comme le veut la coutume juive, afin de ne pas l'infecter et
l'exposer à la mort. Ces deux mesures qui relèvent de la
liberté des parents et de l'hygiène ont provoqué une
vive réaction de la part des rabbins, lesquels se croyaient en droit
de régir la communauté juive sans restriction.
En Russie, il n'y a jamais eu de
loi interdisant expressément la circoncision, pratiquée aussi
bien par les juifs que les musulmans. Les juifs qui vivaient dans des milieux
musulmans la pratiquaient normalement. Mais chez ceux des autres régions,
la circoncision a connu une baisse à des degrés divers pour
trois raisons:
- Il y avait avant tout la position
hostile des juifs laïcs à l'égard de la circoncision.
Des périodiques juifs communistes en yiddish menaient des campagnes
virulentes contre les membres du parti communiste qui pratiquaient la circoncision.
- En 2ème lieu, il n'existe
pas en Russie de culture en faveur de la circoncision, comme c'est par
exemple le cas aux États-Unis. La position des organisations médicales
officielles en Russie était hostile à cette pratique sur
le plan médical, considérée comme une opération
nocive à la santé des enfants, faite par des personnes incompétentes,
dans des conditions non hygiéniques. A ces arguments médicaux,
s'ajoutait l'argument idéologique: la circoncision était
perçue comme un rituel relevant des civilisations primitives et
nocif aux citoyens comme tout autre rituel religieux, et comme une marque
de distinction nationaliste chauviniste créant un sentiment de supériorité
à l'égard des autres.
- En dernier lieu, il y avait la
position des autorités politiques, elles-mêmes opposées
à la circoncision en tant que marque imposée aux enfants
violant le droit constitutionnel de ne pas adhérer à une
religion. La circoncision était aussi considérée comme
contraire à l'article 227 du code pénal qui interdit les
pratiques religieuses portant atteinte à la santé des citoyens.
En cas de complications, le circonciseur était considéré
comme ayant violé les normes interdisant la pratique de la médecine
aux non-médecins. Les parents de l'enfant pouvaient aussi s'exposer
à des pertes de privilèges et à des tracasseries.
On signalera ici que les autorités tsaristes et soviétiques
ont poursuivi de manière encore plus sévère la secte
des castrats composée majoritairement de chrétiens du fait
qu'elle mutilait les organes sexuels des citoyens.
En ce qui concerne la période
nazie, la circoncision a été considérée comme
marque d'identification des juifs. Certains juifs laissaient leurs enfants
incirconcis ou recouraient à la restauration chirurgicale du prépuce
pour échapper à la persécution. Étant objectivement
et indirectement alliée aux desseins de Hitler, elle n'a jamais
été interdite en Allemagne nazie.
Pour conclure ce point, on constate
que la circoncision a été rarement interdite alors qu'elle
aurait dû l'être en tant qu'atteinte flagrante à l'intégrité
physique. Lorsqu'elle a été interdite, cette mesure ne visait
pas à exterminer les juifs, contrairement à ce que certains
prétendent. D'ailleurs les femmes juives étaient et restent
incirconcises sans pour autant cesser d'être juives. Au lieu de rechercher
les tentatives des ennemis des juifs à interdire la circoncision
pour les exterminer, il nous semble plus judicieux et plus digne de respect
d'honorer les opposants juifs ou non-juifs qui ont fait face aux autorités
religieuses juives ou musulmanes. Ces autorités, comme nous l'avons
vu dans le débat religieux, veulent s'imposer aussi bien aux vivants
qu'aux morts en les marquant physiquement.
Signalons enfin qu'au lieu de rester
limitée aux juifs et aux musulmans, la circoncision s'est étendue
à de nombreux chrétiens qui suivent aveuglement les médecins
et les religieux. Et aujourd'hui aucun pays au monde interdit cette pratique
alors qu'elle viole les normes les plus élémentaires de la
déontologie médicale et deux des principaux droits de l'homme,
à savoir le droit à l'intégrité physique et
à la vie. |
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12) Condamnation internationale
de la circoncision féminine
Contrairement à la circoncision
masculine, la circoncision féminine n'a pas retenu l'attention du
législateur jusqu'à ces dernières décennies.
Cette circoncision a été pratiquée (et continue à
l'être) en Occident à partir du 19ème siècle
par des médecins, soutenus par les religieux, pour combattre la
masturbation et les maladies attribuées à cette dernière.
Mais comme elle n'a pas de base religieuse dans la Bible, et en raison
de la montée en puissance des mouvements féministes occidentaux,
les pays occidentaux ont commencé à s'y opposer dans la période
coloniale et après, par voie législative, judiciaire et médiatique.
Ces pays ont réussi à se joindre des ONG dans les pays qui
pratiquent la circoncision féminine à large échelle.
La venue des immigrés africains en Occident a rendu cette campagne
encore plus combative afin de les empêcher de pratiquer leurs coutumes
en violation des lois occidentales.
Si nous analysons la position du
législateur international, on constate qu'il a commencé à
s'intéresser de la circoncision féminine à partir
de 1931 dans un symposium tenu à Genève pour la sauvegarde
de l'enfance. On a alors demandé aux pays coloniaux de lutter contre
cette pratique. Mais la majorité des délégués
ne partageait pas cette façon de voir; l'opinion générale
maintenait qu'il valait mieux développer l'enseignement de façon
à rendre les gens capables de conserver ou de rejeter telle ou telle
coutume, comme ils l'entendaient.
En 1958, l'ONU a demandé à
l'OMS à entreprendre une étude sur la persistance des coutumes
qui consistent à soumettre les filles à des opérations
rituelles, et sur les mesures prises ou projetées pour mettre fin
à ces pratiques. Mais l'OMS a répondu que "les opérations
rituelles ... résultant de conceptions sociales et culturelles"
ne relèvent pas de sa compétence. La 1ère
réponse de l'OMS aux demandes de l'ONU était la publication
le 30 septembre 1976 d'un rapport du Dr américain Robert Cook, expert
auprès du bureau régional pour la Méditerranée
orientale de l'OMS. Ce rapport distingue entre trois types de circoncision
féminine mais ne s'intéresse que de la circoncision la plus
grave, considérant la première forme comme bénéfique
puisqu'elle se pratique aussi aux États-Unis On ne commença
à s'intéresser sérieusement de la circoncision féminine
qu'à partir de 1979 avec un colloque tenu au Soudan. Depuis cette
date, il ne se passe pas une année sans qu'il y ait un rapport,
une déclaration ou un colloque contre la circoncision féminine
de la part de l'ONU ou des ses organisations affiliées. On peut
résumer leur position dans les points suivants:
- Condamnation de la circoncision
féminine sous toutes ses formes, effectuée pour des raisons
non thérapeutiques, en tant que violation du droit à l'intégrité
corporelle et à la santé physique et psychique, et en tant
que discrimination et violence envers les femmes.
- Refus de la médicalisation
de la circoncision féminine non thérapeutique.
- Nécessité d'établir
des lois interdisant la circoncision féminine et punissant ceux
qui la pratiquent.
- Ces organisations ne disent pas
s'il faut aussi interdire la circoncision féminine non-thérapeutique
pratiquée par des femmes majeures.
Ces organisations gardent totalement
le silence sur la circoncision masculine. Afin de distinguer entre la circoncision
masculine et la circoncision féminine, elles ont procédé
au changement du nom de la circoncision féminine, appelée
désormais mutilation sexuelle féminine.
Le même phénomène
est constaté avec le Conseil de l'Europe. En 1988, un parlementaire
européen s'est indigné du fait que des hôpitaux italiens
pratiquent l'infibulation et l'excision de fillettes de parents immigrés
en provenance de pays en voie de développement. La Commission du
CE lui a répondu que ce problème ne relève pas de
sa compétence, tout en indiquant que des projets de santé
publique et d'amélioration du statut de la femme dans ces pays peuvent
sensibiliser les populations concernées sur les conséquences
de ces pratiques. Mais le vent a commencé à tourner. La 3ème
conférence ministérielle européenne sur l'égalité
entre les femmes et les hommes du CE du 22-22 octobre 1993 a considéré
la circoncision féminine comme une violence, et l'a classifiée
parmi les mauvais traitements, l'inceste, la traite des femmes et le viol.
Depuis cette date, le Conseil de l'Europe se penche périodiquement
contre la circoncision féminine pour la condamner et demander à
ses membres et aux pays qui la pratiquent de prendre toutes les mesures
nécessaires pour l'abolir.
13) Condamnation nationale de
la circoncision féminine
Les pays occidentaux et africains
ont négligé la circoncision masculine alors qu'un certain
nombre de ces pays ont édicté des lois contre la circoncision
féminine. Certains de ces pays ont adopté des lois expresses
qui interdisent et punissent la circoncision féminine, et d'autres
se réfèrent à leurs codes pénaux pour condamner
la circoncision féminine en tant qu'atteinte à l'intégrité
physique de la personne sans son consentement et sans raison médicale.
Parmi les pays occidentaux qui ont fait des lois, on citera les États-Unis,
l'Angleterre, la Suède, et parmi les pays qui invoquent les normes
du code pénal, on citera la Suisse, la France et l'Italie.
On citera parmi les pays africains,
notamment le cas de Égypte. Ce pays avait adopté un décret
en 1959 qui affirme que la circoncision féminine partielle fait
partie des rituels de l'islam, contrairement à la circoncision féminine
totale. Elle ne peut être pratiquée que par des médecins
hors des établissements étatiques à condition d'être
partielle. Les sages-femmes sont interdites de pratiquer la circoncision
féminine. Ce texte est rarement cité dans les ouvrages juridiques
égyptiens et ne figure pas dans les recueils des lois relatives
à la santé. De plus, il n'a jamais été invoqué
par les tribunaux égyptiens alors que le taux de circoncision féminine
en Égypte est estimé à 97%. Cette opération
est faite principalement par des dayas ou des barbiers, et parfois par
des médecins.
Telle a été la situation
juridique en Égypte jusqu'en 1994. Le 7 septembre 1994, la CNN a
diffusé un film sur la circoncision d'une fille nommée Najla
par un barbier dans un quartier populaire du Caire. C'était en pleine
conférence internationale sur la population qui se tenait justement
dans cette ville. La violence des scènes de l'opération a
provoqué un tollé général sur le plan national
et international. Le Ministre de la santé a essayé d'interdire
la circoncire féminine, et a voulu rallier le cheikh de l'Azhar,
Jad-al-Haq. Celui-ci lui a remis une fatwa dans laquelle il affirme que
le chef de l'État peut déclarer la guerre contre la région
qui ne pratique pas la circoncision masculine ou féminine. Ayant
pris peur, le Ministre a issu le 19 octobre des instructions aux directeurs
des affaires sanitaires dans lesquelles il interdit la circoncision tant
masculine que féminine hors des hôpitaux et prévoit
pour ces deux opérations des jours pour les pratiquer, à
condition que les hôpitaux tentent de convaincre les familles de
ne pas pratiquer la circoncision féminine.
Ceci signifie la médicalisation
et la légalisation de la circoncision féminine. Les milieux
opposés à cette dernière ont tiré à
boulet rouge contre le ministre. Les États-Unis ont même menacé
de couper toute aide économique à l'Égypte si le ministre
ne revenait pas sur sa décision. De nombreuses déclarations
ont été faites aussi en Égypte contre le décret
ministériel. Le ministre de la santé a fini par céder.
Le 17 octobre 1995, il a envoyé aux directeurs des affaires sanitaires
dans les arrondissements les instructions selon lesquelles il interdit
de faire la circoncision féminine dans les hôpitaux. Le 8
juillet 1996, il a promulgué le décret 261 suivant:
1) Interdiction de pratiquer la
circoncision féminine dans les hôpitaux ou cliniques publics
ou privés hormis les cas de maladie décidés par le
directeur de la section de gynécologie et d'obstétrique à
l'hôpital et sur proposition du médecin traitant.
2) La pratique de cette opération
par les non-médecins sera considérée comme un délit
punissable selon les lois et les règlements.
Cette 2ème clause
est en fait une application de l'article 1er de la loi relative
à l'exercice de la profession médicale no 415 de 1954 qui
interdit aux non-médecins d'exercer ce métier sous une forme
quelconque.
Le décret ministériel
a satisfait les opposants, mais a enragé les défenseurs de
la circoncision féminine. Le Dr Munir Fawzi et le cheikh Yusef Al-Badri
ont porté plainte devant le tribunal administratif lui demandant
de déclarer le décret en question contraire à l'islam
et à la constitution, cette dernière considérant les
principes du droit musulman comme la source principale du droit. Le tribunal
leur a donné raison du fait que le parlement était le seul
habilité à adopter une norme comportant une sanction pénale.
Le ministre de la santé a fait appel. Le 1er ministre,
le président du syndical des médecins et des ONG se sont
joints à son action. Le 28 décembre 1997, la cour administrative
suprême a décidé que le ministre a agi dans les limites
de ses compétences. Elle a ajouté que le code pénal
s'applique à la violation de l'intégrité physique
des filles par la circoncision du fait que cette dernière n'a pas
de fondement chirurgical ou religieux.
14) Position des ONG
Les ONG jouent un rôle important
dans la société et contribuent à la formulation du
système social et de la philosophie morale sur le plan national
et international. C'est ainsi que le Comité international de la
croix rouge a été à la base des quatre Conventions
de Genève relatives au droit international humanitaire. De nombreux
pays accordent une grande importance aux prises de position d'organisations
telles qu'AI et Green Peace. Sans la pression des ONG, le législateur
international n'aurait probablement jamais osé aborder un sujet
aussi sensible que celui de la circoncision féminine, et la position
du législateur national et international n'est souvent que le reflet
des positions des ONG.
Il n'existe pas aujourd'hui de pays
au monde qui n'ait pas une ONG luttant, directement ou indirectement, contre
la circoncision féminine. Certaines de ces organisations sont spécialisées
dans la lutte contre cette pratique, d'autres l'ont incluse dans leurs
activités. On citera ici le Comité inter-africain, Rainbo,
l'Association égyptienne pour la prévention des pratiques
traditionnelles, l'Association médicale mondiale, le Conseil international
des infirmières, Amnesty international et la Commission internationale
des juristes.
Malgré le caractère
humaniste de la campagne menée par les ONG susmentionnées
contre la circoncision féminine, cette campagne viole le principe
de la non-discrimination du fait qu'elle néglige la circoncision
masculine. Pour combler cette lacune, plusieurs ONG ont vu le jour aux
États-Unis visant à lutter contre la circoncision tant masculine
que féminine. Mais comme ce pays est plus concerné par la
circoncision masculine (avec un taux de 60% de circoncis), ces ONG concentrent
leurs activités sur celle-ci. Nous citons ici notamment NOCIRC,
Infirmières pour les droits de l'enfant, Médecins opposés
à la circoncision, Avocats pour les droits de l'enfant, Circumcision
resource center, Mothers against circumcision, NOHARMM, NORM, etc. Pour
d'autres organisations, recherchez dans Internet sous circumcision. |
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15) Silence du législateur
en matière de circoncision masculine
L'ONU et ses organisations spécialisées
ont toujours établi une nette distinction entre la circoncision
féminine qu'elles condamnent, et la circoncision masculine sur laquelle
elles se taisent sans jamais faire une étude scientifique qui pourraient
justifier cette distinction et ce silence.
Cette distinction est déjà
faite au niveau des termes utilisés. Ces organisations ont utilisé
au début le terme circoncision féminine, mais à partir
de 1990 le terme adopté a été celui de mutilation
sexuelle féminine, gardant le terme circoncision pour la seule circoncision
masculine. Celle-ci n'a jamais été qualifiée dans
les documents internationaux comme une mutilation. Lors du Séminaire
de l'ONU tenu à Ouagadougou (Burkina Faso) en 1991, les participants
ont demandé de dissocier dans l'esprit des gens entre la circoncision
masculine et la circoncision féminine. Trois raisons sont invoquées
contre la circoncision féminine: elle est basée sur des superstitions,
elle n'est pas mentionnée dans la Bible ou le Coran, et elle est
nuisible à la santé de la femme. Quant à la circoncision
masculine, elle est considérée comme ayant une fonction hygiénique.
Les opposants, dont je fais partie,
commencent à interroger les Nations Unies sur cette position discriminatoire.
Le rapporteur spécial de l'ONU sur les pratiques traditionnelles,
une marocaine, a fait état de cette situation dans son rapport de
1997 ainsi que dans son rapport de 2000. Dans ce dernier, elle indique
qu'elle a reçu un certain nombre de lettres d'opposants à
la circoncision masculine critiquant sa position unilatérale, mais
elle insiste sur le fait que son mandat se limite à la circoncision
féminine. Elle prétend que "les conséquences néfastes
que génère la circoncision masculine ne peuvent en aucune
façon être comparées ou assimilées aux violences,
dangers et risques auxquels sont confrontées les fillettes et les
femmes". Elle prétend aussi que "la circoncision masculine est associée
à une réduction de la transmission du VIH de la femme à
l'homme".
La vraie raison du silence de l'ONU
et de ses organisations est d'ordre politique. Ceci m'a été
expressément confirmé par Mme le Dr Leila Mehra de l'OMS
lors d'une rencontre du 12 janvier 1992 dans son bureau à Genève.
A la question de savoir pourquoi l'OMS s'occupe de la circoncision féminine
et délaisse la circoncision masculine, elle m'a répondu:
"La circoncision masculine est mentionnée dans la Bible. Est-ce
que vous cherchez à nous créer des problèmes avec
les juifs?" Le même jour, j'ai rencontré à Genève
la présidente du Comité inter-africain, Mme Berhane Ras-Work.
Je lui ai posé la même question. Étrangement, elle
m'a donné la même réponse.
De toute évidence une telle
distinction, si elle n'est pas justifiée, constitue une violation
du principe de la non-discrimination qui est inscrit dans tous les documents
des Nations Unies, les constitutions de tous les pays et dans les statuts
des organisations non gouvernementales comme par exemple Amnesty international.
C'est la raison pour laquelle certains membres d'Amnesty demandent à
cette dernière de respecter ses statuts et d'étendre son
opposition aussi à la circoncision masculine. Mais pour le moment
en vain. On citera ici notamment la Convention de l'enfant dont l'art.
2 chiffre 1 dit: "Les États parties s'engagent à respecter
les droits qui sont énoncés dans la présente Convention
et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction,
sans distinction aucune, indépendamment de toute considération
de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique
ou autre de l'enfant ou de ses parents ou représentants légaux,
de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune,
de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation".
Il n'est pas difficile, dans cette
situation, de conclure que si le silence en matière de circoncision
masculine est dicté par la politique, la campagne contre la circoncision
féminine est aussi dictée par la politique. Ainsi l'Oman
connaît un taux très élevé de circoncision féminine.
Pourtant ce pays n'est jamais tracassé par l'ONU, l'OMS et autres
organismes, contrairement à ce qui se passe avec l'Égypte.
La présidente de l'Association des femmes omanaises m'a expliqué
l'oubli de son pays par le fait qu'il n'est pas visé politiquement,
contrairement à l'Égypte. Pour elle, la campagne contre la
circoncision féminine est avant tout une campagne politique.
Certes, nous ne pouvons pas demander
que cesse la campagne contre la circoncision féminine, même
si elle n'est qu'un prétexte pour attaquer des pays particuliers.
"Faites du bien et on vous fait grâce de vos raisons". Si on peut
sauver des filles de la mutilation, il faut rendre hommage à la
campagne contre cette pratique, même si elle cache des visées
politiques. Mais ce qui est véritablement scandaleux, c'est de se
taire devant la mutilation de millions d'enfants pour des raisons politiques.
Cette attitude de deux poids deux mesures pervertit les actes humains les
plus dignes et peut avoir des effets contre-productifs. Même des
femmes engagées contre la circoncision féminine peuvent se
sentir flouées et utilisées à des fins politiques.
Le Dr Amal Shafiq, une femme égyptienne de religion musulmane, travaillant
dans le cadre de l'UNICEF au Caire, a participé en 1998 à
un colloque organisé par l'UNICEF à Genève. Elle s'est
présentée lors du colloque comme activiste luttant contre
la circoncision féminine et masculine. Crime suprême aux yeux
de l'UNICEF. La responsable du colloque, une Suissesse de religion chrétienne,
s'est approchée de l'Égyptienne et lui a dit: "Madame, vous
faites bien de lutter contre la circoncision féminine, mais la circoncision
masculine vous n'avez pas à vous en occuper. Elle ne fait pas partie
de notre activité". Scandalisée, la femme égyptienne
m'a téléphoné: "Pourquoi la Suissesse chrétienne
défend-elle la circoncision masculine, alors que la collègue
juive israélienne assise à côté de moi n'a pas
réagi? Est-ce que l'Église joue un si grand rôle néfaste
en Suisse?" |
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16) Circoncision et droits
religieux et culturels
Vu l'importance des normes religieuses
et culturelles, le législateur, de tout temps, a essayé de
reconnaître aux communautés le droit de vivre selon leurs
normes religieuses et de pratiquer leur culture. Ceci est vrai du temps
des Romains dans leurs rapports avec les juifs et les autres communautés
qui composaient l'empire. C'est aussi vrai de notre temps, ce droit figurant
dans de nombreux documents internationaux et nationaux. Or, le droit des
communautés ne peut être accepté lorsqu'il s'agit de
violation de principes fondamentaux comme le droit à l'intégrité
physique ou le droit à la vie. Si on doit reconnaître par
exemple aux juifs ou aux musulmans de pratiquer la circoncision masculine
au nom de la religion, on doit aussi permettre aux africains et aux musulmans
la circoncision féminine au nom de la religion et de la culture.
La position du législateur
international et national cependant établit une distinction nette
entre la circoncision masculine qui reste tolérée sans raison
valable, et la circoncision féminine qui est interdite. Lors du
séminaire relatif aux pratiques traditionnelles à Ouagadougou
en 1991, séminaire organisé par la Commission des droits
de l'homme, la majorité des participants était d'avis qu'
"aussi bien les explications tirées de la cosmogonie que celles
issues de la religion doivent être assimilées à la
superstition et dénoncées comme telles. Ni la Bible, ni le
Coran ne prescrivent aux femmes d'être excisées". Ainsi, on
dévalorise les conceptions religieuses qui ne figurent ni dans la
Bible ni dans le Coran, conceptions considérées comme relevant
de la superstition.
On retrouve cette distinction dans
les législations et les positions des organisations médicales
des pays occidentaux. Dans ces pays, on continue à tolérer
la circoncision masculine, considérée comme pratique religieuse
et culturelle, mais on rejette la circoncision féminine malgré
le fait qu'elle est considérée par ceux qui la pratiquent
comme faisant partie de leur culture et de leur religion. Ces pays ne permettent
pas qu'on invoque la culture et la religion comme justification pour cette
pratique.
Mais cette situation n'est pas correcte.
Il est intéressant d'exposer sommairement le cheminement intellectuel
du professeur Margaret Somerville de la Faculté de droit de McGill,
à Montréal. Elle explique comment elle avait commencé
par s'attaquer à la circoncision féminine avant de découvrir
que la circoncision masculine aussi était injustifiée sur
le plan médical, éthique et juridique. Malgré sa découverte,
elle a gardé le silence pendant sept ans avant d'exprimer ouvertement
son opinion: "La raison principale pour laquelle j'ai pris un si long temps
avant de parler publiquement contre la circoncision masculine routinière
... était ma grande crainte de soutenir en quelque sorte les sentiments
antisémites et anti-musulmans".
Somerville estime qu'on peut permettre
la circoncision masculine si la communauté croit vraiment qu'elle
fait partie de sa religion, mais à condition d'utiliser les moyens
nécessaires pour réduire la souffrance et que seule la forme
prévue originairement par la religion soit appliquée. Elle
a exposé ses idées lors du 5ème colloque
international qui a eu lieu à Oxford en 1998 auquel j'ai participé.
A peine a-t-elle fini son intervention, un médecin juif d'Israël
s'est lancé vers elle plein de colère et lui a dit: "De quel
droit autorisez-vous mes parents à disposer de mes organes sexuels?
Mes organes sexuels m'appartiennent exclusivement et mes parents n'ont
aucun droit d'en disposer au nom de la religion". De nombreux participants
ont exprimé aussi leur mécontentement face à cette
position mi-figue mi-raisin qui cherche à ne pas fâcher la
communauté juive et musulmane. Ils ont estimé que si on commence
à ouvrir la porte à la circoncision masculine pour ne pas
blesser les sentiments de ces deux communautés, on finira par l'ouvrir
à la circoncision féminine pour cette même raison.
Et qui sait, on devra aussi céder devant la loi du talion (œil pour
œil, dent pour dent), l'amputation de la main du voleur, la lapidation
de l'adultère et la mise à mort de l'apostasie du moment
que ces normes sont des normes religieuses communautaires sans aucun doute.
17) Circoncision et droit à
l'intégrité physique et à la vie
La circoncision, tant masculine que
féminine, est une atteinte à l'intégrité physique
qui réduit les fonctions naturelles et conduit à des complications
physiques, psychiques et sexuelles, et parfois à la mort. De ce
fait, elle est une violation du droit à l'intégrité
physique et du droit à la vie.
Ces deux droits sont parmi les droits
les plus importants de l'homme. Les lois de tous les pays du monde en font
mention, prévoient des sanctions pénales et donnent droit
à des actions civiles de réparation contre ceux qui les violent.
Il aurait été donc évident que le législateur
international les mette explicitement en tête des droits qu'il garantit.
Ceci est le cas en ce qui concerne le droit à la vie.
Il ne fait pas de doute que la circoncision
masculine et féminine non justifiées médicalement,
en exposant l'enfant au risque de décès, violent arbitrairement
son droit à la vie. Ces deux pratiques violent aussi arbitrairement
son droit à l'intégrité physique. Mais, très
étrangement, ni la déclaration universelle des droits de
l'homme, ni la convention des droits de l'enfant, ni le pacte civil, ni
la convention européenne des droits de l'homme ne mentionne le droit
à l'intégrité physique. Les deux seuls documents internationaux
qui en font mention sont la Convention américaine et la Charte africaine
des droits de l'homme:
On est à cet égard
légitimé à se demander pourquoi l'ONU et l'Europe
ont oublié le droit à l'intégrité physique.
C'est un mystère.
18) La circoncision, mauvais traitement
et torture
Le mauvais traitement et la torture
sont interdits par différents documents internationaux. Ainsi la
Déclaration universelle dit:
Art. 5 - Nul ne sera soumis à
la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants.
La Déclaration de Tokyo de l'AMM
de 1975 dit:
- Le médecin ne devra jamais
assister, participer ou admettre les actes de torture ou autres formes
de traitements cruels, inhumains ou dégradants, quels que soient
la faute commise, l'accusation, les croyances ou motifs de la victime,
dans toutes situations, ainsi qu'en cas de conflit civil ou armé.
- Le médecin ne devra jamais
fournir les locaux, instruments, substances, ou faire état de ses
connaissances pour faciliter l'emploi de la torture ou autre procédé
cruel, inhumain ou dégradant ou affaiblir la résistance de
la victime à ces traitements.
Les opposants de la circoncision féminine,
y compris les Nations Unies et le Conseil de l'Europe considèrent
la circoncision féminine comme une forme de torture, sans faire
de distinction entre les différents types de cette opération.
Par contre, on garde entièrement le silence concernant la circoncision
masculine même lorsqu'elle est faite selon la forme la plus sévère.
Les opposants de la circoncision masculine disent que la circoncision masculine
est une torture. Rappelons ici que dans la guerre de Yougoslavie, des chrétiens
ont subi des opérations de circoncision de la part de groupes musulmans.
Ceci figure dans les rapports de l'ONU qui considèrent l'atteinte
aux organes sexuels comme un crime de guerre. Ce qui fait dire aux organismes
opposés à la circoncision masculine qu'elle doit être
traitée comme une torture.
19) Circoncision et droit à
la pudeur
Les lois de tous les pays du monde
sanctionnent les atteintes à la pudeur. Le respect de la pudeur
de l'enfant est prévu par la Convention de l'enfant:
Article 16 al. 1 - Nul enfant ne
fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée,
sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales
à son honneur et à sa réputation.
Article 34 - Les États parties
s'engagent à protéger l'enfant contre toutes les formes d'exploitation
sexuelle et de violence sexuelle
Le respect de la pudeur est affirmé
aussi dans les normes déontologiques médicales. Dans le Serment
d'Hippocrate (d. 377 av. J.-C.), il est dit:
Dans quelque maison que j'entre,
j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de
tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction
des femmes et des garçons, libres ou esclaves.
La Déclaration des droits du
patient de l'AMM dit:
La dignité et le droit à
la vie privée du patient, en matière de soins comme d'enseignement,
seront à tout moment respectés.
Celui ou celle qui circoncit déshabille
sa victime, manipule ses organes sexuels et les mutile. Et lorsqu'il s'agit
de circoncision juive, la règle religieuse veut que le circonciseur
mette le pénis de l'enfant dans sa bouche et le suce. Il ne fait
pas de doute que de tels comportements tombent sous le coup des normes
pénales relatives à la pudeur et à la pédophilie
du moment que la circoncision n'est pas justifiée médicalement.
Les opposants à la circoncision
féminine en Égypte n'hésitent pas à recourir
à ces normes. Ainsi, le vice-président de la cour de cassation
égyptienne écrit que le médecin qui touche le sein
d'une femme commet une atteinte à la pudeur sauf s'il existe une
raison médicale. Il en est de même de celui qui touche les
organes sexuels de la fille. Des tribunaux égyptiens ont considéré
tant la circoncision masculine que féminine, lorsqu'elle n'est pas
justifiée médicalement, comme une atteinte à la pudeur.
20) Circoncision et respect des
morts
Le respect du cadavre humain s'est
imposé à l'humanité depuis des temps immémoriaux.
S'y attaquer constitue un acte de profanation.
Nous avons vu dans le débat
religieux chez les juifs que le fœtus est circoncis avant d'être
enterré. De même, on pratique la circoncision sur des juifs
qui sont morts incirconcis. Ceci constitue une condition pour enterrer
le mort dans un cimetière juif. Cette dernière question a
fait l'objet d'un débat houleux à la Knesset. La circoncision
des morts est prônée par certains juristes musulmans classiques.
Il ne fait pas de doute qu'une telle
pratique tombe sous le coup des normes pénales contre la profanation
des morts. D'autre part, le refus d'enterrer un mort dans un cimetière
parce qu'il n'est pas circoncis constitue une discrimination sur la base
de l'appartenance religieuse. Même si de tels actes répugnants
ne sont pas réglés par la législation internationale
ou nationale, il est du devoir des intellectuels de les dénoncer
publiquement en tant qu'actes contraires aux bonnes mœurs et à la
morale. |
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21) Circoncision et dispense médicale
Des médecins en Occident et
dans les pays musulmans ont essayé de justifier la circoncision
masculine et féminine sur le plan médical. Elle entrerait
donc dans le cadre des opérations autorisées par le législateur
au même titre que toute autre opération médicale. Or,
pour avoir une telle dispense, il faut la réunion de trois conditions:
1) L'opération doit être
justifiée médicalement. Or ceci n'est pas le cas. La partie
coupée est une partie saine. On ne peut à cet égard
invoquer la circoncision comme opération esthétique. On ne
peut prétendre qu'autant d'enfants sont nés déformés
au point qu'ils nécessitent des opérations esthétiques.
Les organes génitaux sont des organes normaux et l'opération
esthétique vise à supprimer une difformité et non
pas à déformer un organe normal.
2) L'opération doit être
consentie. Certes les parents donnent leur consentement. Mais les parents
ne peuvent consentir que pour les opérations qui sont dans l'intérêt
de l'enfant. Ce qui n'est pas le cas de l'opération de la circoncision.
Les parents ne peuvent pas consentir à couper le doigt sain d'un
enfant. Il y a des limites au pouvoir des parents. Le médecin qui
exécute tout ordre des parents devient un criminel.
3) L'opération doit être
faite par un médecin autorisé selon les règles de
l'art et de la déontologie. Or, la plus part des opérations
de la circoncision sont faites par des non-médecins. D'autre part,
un médecin qui coupe un organe sain ne respecte pas les règles
déontologiques. Le médecin est là pour soigner, et
non pas pour altérer la fonction naturelle des organes sexuels.
Si le législateur international
et national interdit aux médecins et aux non-médecins de
pratiquer la circoncision féminine, même la plus bénigne,
il laisse la circoncision masculine sans règlement. Des milliers
de médecins dans le monde occidental pratiquent la circoncision
masculine sans que le législateur lève le petit doigt. Cette
opération est faite même par des non-médecins alors
que les opérations chirurgicales sont des actes réservés
aux médecins. La profession de circonciseur est laissée sans
réglementation. Ainsi le législateur est complice du crime
contre les enfants mâles.
Une des questions que se posent les
opposants est de savoir si on peut autoriser à une femme ou à
un homme majeur de se faire circoncire. Oui, s'il le fait lui-même.
Mais le médecin n'a pas le droit de toucher à des organes
sains, même avec le consentement de l'adulte. Un médecin qui
coupe le bras sain d'un adulte, même consentant, commet un crime.
Il doit en être de même de la circoncision des majeurs. Mais
des opposants disent qu'ils préfèrent axer leur lutte contre
la circoncision des mineurs. Ceux-ci, lorsqu'ils deviennent majeurs, ils
pourront décider d'eux-mêmes, avec l'espoir qu'ils seront
plus sages et refuseront une telle intervention. Et si malgré cela,
ils veulent se faire circoncire, c'est après tout leur affaire.
La loi américaine interdit la circoncision féminine uniquement
sur des femmes de moins de 18 ans.
22) Interdiction de la circoncision
entre idéal et faisabilité
Si nous voulons suivre les lois et
respecter les droits de l'homme en tout point, il faut traiter la circoncision,
tant masculine que féminine, comme toute autre opération
médicale, sans distinction sur la base du sexe ou de la religion.
Ceci signifie qu'il ne faut l'autoriser que s'il y a une nécessité
médicale pour la faire, que si l'intéressé ou son
représentant légal y consent et que si elle est faite par
un médecin autorisé selon les règles de la profession
médicale. Toute circoncision qui ne remplit pas ces trois conditions
doit être poursuivie d'office sans égard au sexe ou à
la religion de la victime, de ses parents ou du circonciseur.
Tel est l'idéal, mais la réalité
est autre. La réalité est que les autorités législatives,
judiciaires et exécutives ainsi que les organisations médicales
sont réticentes à prendre des mesures efficaces contre la
circoncision, notamment la circoncision masculine. Chaque année
quinze millions d'enfants, dont treize millions de garçons et deux
millions de filles, sont victimes de cette pratique sans que les trois
conditions susmentionnées soient remplies, sauf dans des cas rarissimes.
Sans risque de se tromper, on peut dire qu'au moins 99,9% des circoncisions
sont contraires à la morale. Dès lors, il est légitime
de se poser la question de savoir pourquoi la réalité ne
correspond pas à l'idéal et comment on peut atteindre ce
dernier.
Avant tout on avance le fait que
la loi ne peut pas combattre efficacement des pratiques largement diffusées.
Même en Europe, les États occidentaux sont réticents
à interdire la circoncision masculine ou féminine alors que
leur taux ne dépasse pas le 5%. Il y a les contraintes politiques
qu'on connaît.
D'autre part, on craint que l'interdiction
stricte conduise à des opérations de circoncision masculine
et féminine dans la clandestinité avec les risques que cela
représente. C'est le même problème qui s'est posé
avec l'avortement.
Enfin, on ne sait pas qui poursuivre.
Faut-il poursuivre les parents? Les médecins? Les responsables politiques?
Les autorités religieuses qui prônent cette pratique? Le législateur
qui laisse faire?
Les opposants pensent que la loi
seule ne suffit pas pour mettre fin à la circoncision masculine
et féminine et qu'il faut recourir à différents moyens
socio-culturels pour convaincre le peuple d'abandonner la pratique. Un
des problèmes qui se pose est la force religieuse qui est derrière
ces pratiques. Or rien n'est plus difficile que d'éduquer des religieux.
Demandez au pape de Rome de prendre une position contre la circoncision
masculine ou féminine. Il ne le fera pas. Le cardinal Lustiger et
le grand rabbin de Paris ont refusé de prendre position contre la
circoncision féminine de peur que cela ne conduise à ouvrir
le débat contre la circoncision masculine. Et se heurter à
la circoncision masculine comporte des difficultés d'interprétation
des textes religieux, en plus du problème politique. Je vous signale
à cet égard que les facultés de théologie n'enseignent
pas la circoncision masculine et refusent de le faire. J'ai pensé
présenter mon livre comme thèse de doctorat en sciences des
religions à la faculté de théologie protestante de
Lausanne, on m'a clairement dit qu'elle ne sera pas acceptée parce
qu'elle risque de détruire la faculté de théologie.
Si la faculté de théologie risque d'être détruite
par mon livre, il faut reconnaître que cette faculté est bien
faible. Je ne crois pas qu'il y ait une faculté de théologie
en Occident qui pourrait accepter mon livre pour la même raison,
mais si je me trompe j'accepte le défi.
23) Circoncision et asile politique
Le Haut commissariat pour les réfugiés
et Amnesty international demandent qu'on accorde l'asile politique à
des femmes qui échappent de leurs pays par peur de subir, elles
ou leurs filles, la circoncision féminine. Or peu de femmes ont
obtenu l'asile politique pour cette raison. Par exemple aux États-Unis,
il n'y a eu que deux femmes, et en Allemagne une seule femme.
Pour obtenir l'asile politique, il
faut que la personne prouve qu'elle craint d'être persécutée
du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance
à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. Or la
circoncision féminine n'a pas lieu pour une de ces raisons. On ajoute
que la persécution n'est pas le fait de État, mais de la
famille. On a résolu ces deux problèmes en disant que les
femmes appartiennent à un groupe spécial, celui des femmes
qui refusent de se faire circoncire, et la circoncision est imputable à
État du moment qu'il refuse ou est incapable de prendre des mesures
pour protéger les femmes contre cette pratique. Des États
refusent cependant d'accorder l'asile politique à des femmes provenant
de pays qui ont des lois interdisant la circoncision féminine.
Si les États refusent d'accorder
l'asile politique à ces femmes, certains cependant permettent à
ces femmes de rester dans le pays pour des raisons humanitaires en vertu
de l'article 4 de la convention contre la torture qui demande à
tout État partie de veiller "à ce que tous les actes de torture
constituent des infractions au regard de son droit pénal" et qu'il
rende "ces infractions passibles de peines appropriées qui prennent
en considération leur gravité". L'alinéa 1er
de l'article 3 de cette convention ajoute:
Aucun État partie n'expulsera,
ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où
il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être
soumise à la torture.
Signalons ici que les opposants à
la circoncision féminine demandent l'octroi de l'asile politique
quelle que soit la forme de la circoncision, de la plus légère
à la plus sévère.
Les opposants de la circoncision
masculine demandent, au nom du principe de la réciprocité
que les hommes et les enfants menacés de circoncision masculine
puissent aussi obtenir l'asile politique. Et effectivement l'Allemagne
a accordé le 5 novembre 1991 l'asile politique à un jeune
turc de religion chrétienne. S'il était refoulé en
Turquie, ce jeune devait servir dans l'armée turque. Or, les incirconcis
font l'objet de violence de la part de leurs collègues musulmans
contre leurs organes sexuels et sont parfois circoncis de force par les
médecins de l'armée. Les jeunes chrétiens n'ont pas
de possibilité d'être protégés par l'État
contre ces violences. Le tribunal a indiqué de nombreux cas allant
dans ce sens. Il a considéré cette pratique comme une persécution
politique au sens de l'article 16 de la constitution allemande. En tant
que membre de la communauté chrétienne qui ne pratique pas
la circoncision, le jeune en question avait donc le droit à l'asile
politique en Allemagne.
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