| C'est avec consternation et indignation que l'Union
des Progressistes Juifs de Belgique a appris qu' Ariel Sharon pourrait
être reçu le 6 juin par le Premier ministre, Guy Verhofstadt,
et que le Président de la Chambre, Herman De Croo, ne verrait aucun
inconvénient à le recevoir lui aussi.
En Janvier de l'année dernière, nous
avons applaudi lorsque notre gouvernement a défendu le principe
de la suspension des entretiens bilatéraux avec celui du Chancelier
Shüssel, coupable d'avoir ouvert la porte au parti d'extrême
droite, antisémite, raciste et xénophobe de Jörg Haider
; et l'ensemble de la Communauté juive est descendue dans la rue
pour le soutenir.
Nous ne comprenons dès lors pas que notre
gouvernement n'agisse pas de même avec le chef du gouvernement israélien
qui n'a pas hésité, alors qu'aucune arithmétique ne
l'y obligeait pour asseoir sa majorité, à y faire entrer
Avigdor Liberman, leader du parti raciste Israël Beitenou (Israël
notre Maison) qui n'a pas hésité à menacer d'écraser
sous les bombes les capitales arabes coupables de soutenir l'Intifada,
et Rehavam Zeevi, leader du parti Union Nationale, grand partisan du transfert
pur et simple des Palestiniens, tant d'Israël que de Cisjordanie et
de Gaza, vers les pays arabes.
Cette alliance d'Ariel Sharon et de Shimon Pérès
avec des partis racistes et fascisants n'a suscité aucune réaction
dans les capitales européennes. Avec le PS et Ecolo, nous avons
été les seuls à nous en indigner sans obtenir le moindre
écho dans les médias, pas plus qu'au sein du gouvernement.
Or, nous avons vu, depuis bientôt quatre
mois, ce dont ce gouvernement dunion nationale est capable!
Faut-il donc nécessairement être antisémite
pour être catalogué d'extrême droite ? Si c'était
le cas, il n'y aurait effectivement pas de Juifs d'extrême droite.
Mais Umberto Bossi, leader de la Ligue italienne du Nord, simplement raciste
et xénophobe, ne le serait pas non plus! Et notre ministre des Affaires
étrangères devrait lui présenter des excuses !
Certains aimeraient accréditer l'idée,
et ils s'y efforcent d'ailleurs, que toute critique à l'égard
de la politique d'un gouvernement israélien, quel qu'il soit, relèverait
de l'antisionisme, lequel relèverait lui-même de l'antisémitisme
pur et simple! Et de fait, nous avons nous-mêmes, à l'Union
des Progressistes Juifs de Belgique, été traités d'antisémites
(!) et de Juifs honteux tout simplement parce que nous avons osé
dire et écrire que l'occupation était intolérable
et que la résistance à l'occupation était légitime.
Peu nous importe. Nous défendons depuis toujours, au nom même
de notre Mémoire, un certain nombre de valeurs: celle des droits
de l'homme, de justice, de respect de la dignité humaine, du droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes, et nous continuerons à
dénoncer, sans la moindre distinction partisane, quiconque se rendrait
coupable de les bafouer. Nous attendons de nos gouvernants qu'ils fassent
de même.
En ce qui nous concerne, en aucun cas nous n'accepterions
de serrer la main d'Ariel Sharon, d'Avigdor Liberman ou de Rehavam Zeevi.
Nous serions offensés de voir nos responsables politiques l'accepter.
S'il en allait autrement, nous appellerions toutes celles et tous ceux
qui pensent comme nous, au nom des mêmes valeurs, à
se rassembler avec nous pour le leur faire savoir.
Bruxelles, le 25 mai 2001
Pour le comité de l'UPJB
Elie Gross
président |