Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations

(I.R.F.A.M.)

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EFFETS SOCIOPSYCHOLOGIQUES DU CHÔMAGE PARMI LES MIGRANTS

par

S. BILIR et A. MANÇO
 


 

Une récente recherche de Mme Zeynep AYCAN, professeur de psychologie du travail à l’Université Koç à Istanbul (Turquie), sur l’insertion socioprofessionnelle d’immigrants turcs au Canada permet d’éclairer la question des effets psychologiques et sociaux du chômage et du sous-emploi parmi les migrants.

Ce travail publié l’été dernier dans la Revue turque de psychologie porte sur une recherche menée auprès de 110 Turcs installés au Canada. On constate, dans cet échantillon de personnes tirées au hasard, que malgré leur niveau de formation (la plupart sont universitaires), les 2/3 des sujets sont au chômage au moment de l’étude et beaucoup, parmi les personnes qui travaillent, acceptent des emplois largement en dessous de leurs qualifications professionnelles.

La recherche met en relation les difficultés d’emploi, la question de la participation sociale et des indications de santé mentale. La notion du stress acculturatif (dû au déracinement culturel) est également envisagée.

Considéré comme une terre d’immigration, le Canada pose une série de critère strictes d’admission, en fonction du statut socio-économique et scolaire des migrants. Or, n’ayant pas le même système d’éducation que le pays d’origine, la politique d’immigration canadienne rend impossible la valorisation des diplômes obtenus à l’étranger. Aycan montre par sa recherche que les immigrants rencontrent également des difficultés linguistiques. L’exigence d’expérience professionnelle acquise en Amérique rend très difficile l’embauche de nouveaux immigrants. Dès lors, les emplois qui restent disponibles pour les personnes d’origine étrangère sont souvent des postes qui ne correspondent pas aux qualifications et aspirations des immigrants pourtant admis au Canada précisément en raison de leurs diplômes. Du reste les rares emplois trouvés restent précaires.
 

Effets psychologiques et sociaux

L’auteur constate que cette situation de dissonance psychologique cause une attitude de repli culturel de la part des migrants qui diminue encore l’incidence de leurs relations sociales et entrave la pénétration dans les réseaux propres à la société canadienne. Aycan observe un niveau de dépression important dans l’échantillon ayant participé à la recherche.

Les personnes interviewées dans le cadre de ce travail expriment leurs sentiments d’amertume et regrettent de ne pas pouvoir valoriser, dans leurs pays d’accueil, leurs potentialités scolaires, linguistiques et culturelles, ainsi que leur expérience professionnelle acquise en Turquie. Les personnes testées accusent un haut niveau de stress et beaucoup parmi elles se montrent résignées face à la vie sociale et professionnelle. Leur estime de soi est négative. Ils regrettent d’avoir dû abandonner leurs projets professionnels initiaux.
 

Pistes d’action et de prévention

Selon Aycan, le désir de s’établir à l’étranger empêche de prévoir les difficultés inhérentes à l’immigration. Un travail d’information semble donc nécessaire dans le pays d’émigration au bénéfice des candidats au départ, afin d’atténuer la poussée migratoire vers certains pays tel que le Canada. Des séances d’information sont bien organisées par le gouvernement canadien dans certains pays (dont récemment dans plusieurs villes belges francophones …), mais l’objet de ces réunions n’est pas de mettre en garde les candidats à l’émigration par rapport aux difficultés d’insertion des immigrants.

De plus, ne faut-il pas clarifier les conditions d’accès au pays d’immigration afin d’éviter de trop grands écarts entre les qualifications des migrants et les emplois qui leur sont proposés réellement ? Le déploiement d’activités commerciales mutuellement rentables entre les pays du Sud et du Nord, ainsi que le développement durable des économies des pays les moins industrialisés sont également des mesures générales susceptibles de freiner les tendances à l’immigration et les nombreux difficultés qu’elles engendrent.

Force est de reconnaître que le Canada, mais également plusieurs pays européens comme la Belgique, bref le monde occidental développé, a toujours eu besoin d’une main d’œuvre toujours plus qualifiée, mais exploitée dans des situations toujours plus précaires. Une meilleure protection sociale des nouveaux arrivants est une nécessité pour les démocraties occidentales. Du reste, ne peut-on pas envisager l’apport des compétences exogènes comme un enrichissement des économies des pays industrialisés ?



Conclusion

Les migrations font partie de l’histoire humaine et les hommes et les femmes se déplaceront toujours. Dès lors, une attitude moins protectionniste des employeurs des pays développés récepteurs de main d’œuvre étrangère ne peut que contribuer à la diversification des compétences (linguistiques, notamment) et des visions du monde au sein des entreprises. Cet enrichissement ne risque-t-il pas de se montrer bénéfique sur de nombreux tableaux, dont les possibilités d’innovations et de conquête de nouveaux marchés ? Il nous faut, en Occident, apprendre à vivre et à valoriser la diversité culturelle.

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Référence : Aycan Z. (1999), « Effects of workforce integration on immigrants’ psychological well-being and adaptation », Turkish Journal of Psychology, v. XIV, n° 43, p. 17-34.

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Contact: Altay MançoWeb Master Update: 14 juin, 2010