Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations

(I.R.F.A.M.)

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"Les nouveaux belges": vers une intégration dialectique?

dr. Altay Manço

S'impose aujourd'hui une réévaluation de la situation de certaines communautés immigrées en Belgique que nous sommes amenés à considérer en termes de "minorités". Dans cette tentative, il est aussi important de rappeler les déterminants socio-économiques qui pèsent sur les immigrés, comme sur les autres, que de décrire les stratégies avec lesquelles les communautés minoritaires essaient de se positionner dans la société, en débit de ces déterminismes. Ces stratégies impliquent en particulier les jeunes issus de l'immigration: quelle est la priorité pour ces jeunes ? renouer avec l'histoire de leurs parents ou travailler leur assimilation économique ? Ces possibilités ne sont ni exclusives, ni contradictoires: l'interrogation doit plutôt porter sur la construction d'une synthèse "inclusive" et sur son opérationalisation dans les champs scolaire, professionnel et culturel. Il s'agit donc d'une multitude d'aller-retour entre les pôles "conservation" et "assimilation", en fonction de l'histoire du jeune.

Ainsi, certains groupes issus de l'immigration apparaissent comme des ensembles qui, à la fois, "cultivent leurs différences" et cherchent à s'insérer dans un ensemble plus vaste. Ils sont, à ce titre, en train de tracer, par de multiples tâtonnements, un cheminement d'"intégration".
 

Structuration des minorités issues de l'immigration

La plupart des populations d'origine étrangère installées en Belgique sont des collectivités locales socialement structurées et culturellement organisées. Ceci constitue le terrain d'une certaine cohésion et d'un contrôle interne qui, en particulier dans le cas des minorités musulmanes, porte ses effets sur la population féminine. La situation est donc propice au développement des attitudes traditionnalistes, dans le chef principalement des adultes de la première génération. Mais, la structuration d'une vie communautaire est aussi l'aveu d'une intention d'installation. C'est donc dans les besoins de sécurité et de stabilité que l'on doit chercher l'explication première de l'organisation communautaire: parler d'une vie collective, dans ce cadre, revient à parler de la vie d'un quartier populaire marqué par la présence d'une importante communauté étrangère. En fait, ce que nous désignons par là représente le seul moyen de conserver l'identité originelle, de se ménager un espace de défense.

En dépit des stratégies de conservation culturelle, les liens entre les migrants -même les plus récents- et la terre d'origine se desserrent graduellement à de multiples égards. Apparaissent, en revanche, de nouvelles formes de solidarité entre les communautés d'une même origine, disséminées à travers l'Europe, dont la Belgique constitue le carrefour. Ces constats soulignent le renforcement d'une "conscience minoritaire"; elles plaident également pour une reconnaissance de cette dynamique, non pas pour en découdre une nouvelle catégorie d'exclusion, mais bien au contraire, pour développer un nouveau schéma de participation sociale: mobiliser les jeunes issus de l'immigration autour d'un projet identitaire, ainsi qu'autour d'un projet de mobilité sociale.
 

Des communautés "différentes" ?

Les communautés étrangères sont à la base de stratégies familiales d'insertion. On en perçoit les premiers signes dans les prises de décisions de plus en plus nombreuses en faveur d'une installation définitive en Belgique: nombreuses sont les familles qui achètent un logement dans ce pays. La création de commerces, mais aussi la diversification des secteurs commerciaux couverts témoignent de la même intention. Le nombre de personnes accédant à la nationalité belge augmente sensiblement; les développements récents en cette matière facilitent encore ce mouvement. Parce qu'intégration est participation, il est important de mentionner que de plus en plus de personnes d'origine étrangère sont concernées par l'encadrement des jeunes; plus nombreux sont aujourd'hui les jeunes étrangers qui aboutissent dans l'enseignement supérieure. Si les cas d'échec sont encore nombreux dans différents niveaux d'enseignement, peu à peu, les réorientations remplacent les abandons.

Les résultats des expériences développement dans des quartiers populaires sont encourageants, en débit de leur aspect local et manque de soutien par les pouvoirs publics. Une des forces de ces expériences est la valorisation de dynamiques locales et l'activation de pratiques contribuant à la construction d'espaces-temps de rencontres intercommunautaires qui servent de support à la confrontation des identités afin de tendre vers des états d'équilibre. L'intégration n'est pas un abandon de traits culturels d'origine mais l'articulation de ceux-ci aux exigences d'une insertion générale.

Une des interrogations qui restent ouvertes est l'agencement de ces efforts avec des politiques générales. On ne peut douter de l'importance de l'échelon communal et des associations locales, mais il est urgent de soutenir les expériences de développement par des mesures à caractère général, déjà relayées par certains mouvements politiques et syndicaux: une répartition plus équitable du temps de travail, l'accès à la fonction publique des étrangers, la valorisation des services publics et le droit de vote accordé à tous les résidents sont des mesures qui faciliteraient l'insertion des populations issues de l'immigration. Le soutien de la vie associative belgo-immigrée irait dans le même sens en favorisant la construction de nouvelles synthèses identitaires. Plus spécifiquement, il est urgent que les institutions belges jouent leur rôle dans l'organisation de l'enseignement des langues d'origine, de la religion islamique et dans l'organisation du culte musulman.

Ce projet d'intégration qui consiste à "nouer" les destins de la logique des minorités et celle de l'assimilation individuelle comporte aussi plusieurs implications majeures pour qui veut promouvoir des projets de formation interculturelle: c'est de manière pragmatique qu'il faut outiller les jeunes d'origine étrangère, pour leur permettre de "trouver leur place", non pas entre deux chaises, mais sur les deux à la fois !

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<amanco@irfam.org >

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Contact: Altay MançoWeb Master Update: 14 juin, 2010