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Déc 23, 2011 Commençons par une réalité. Il est difficile aujourd’hui de savoir ce qui
se passe réellement en Syrie, cependant toutes les informations (arabes ou
occidentales) vont dans le sens d’un massacre qui aujourd’hui aurait fait cinq
mille morts, à savoir quatre fois plus que le massacre israélien à Gaza il y a
deux ans.
Deux choses sont néanmoins certaines. Un, le régime de Bachar el Assad a montré
son illégitimité à gouverner, tant les abus pour rester prudent, les massacres
pour être plus réaliste sont aujourd’hui une réalité, grâce aux multiples vidéos
postées par les manifestants et le rapport des organisations internationales des
Droits de l'Homme. La seconde, est de préparer le pays à une véritable
démocratie, afin de se débarrasser à jamais de ce régime despotique et
militaire.
Malgré des évidences, certaines personnes, tant à Bruxelles, qu’à Paris qui se
disent pro-palestinienne, pro-arabe continuent à désinformer. Leurs analyses
sont simples pour ne pas dire simplistes. Pour eux, le monde n’a pas changé, il
y a les « bons », à savoir les anti-impérialistes, anti-sionistes,
anti-capitaliste et les « mauvais », à savoir les impérialistes, les sionistes
et les capitalistes.
Cette grille de lecture fait par exemple dire à certains que le général Mouamar
Kadhafi, anti-impérialiste, anti-sioniste et peut-être anti-capitaliste doit
être préservé malgré son bilan humain désastreux et son despotisme. Ainsi, il
faudrait protéger nos « camarades », nos « amis », nos « alliés » pour ne pas
affaiblir le camp anti-impérialiste, d’Hugo Chavez au président nord Coréen,
etc…
De l’autre côté, il n’y aurait que nos ennemis, d’Israël, à l’Europe et
l’Amérique.
Cette grille de lecture séduit, notamment beaucoup de personnes qui légitimement
estiment qu’Israël ou l’Occident ont une politique agressive et néo-coloniale.
Cependant cette grille de lecture est pour ma part, dangereuse, fausse et pire,
elle fait le jeu de nos adversaires naturels : les cyniques, les pilleurs des
richesses du Sud, les chefs d’états guerriers et les nostalgiques de la
colonisations…
Dangereuse, car elle absout ou minimise les crimes des régimes autoritaires qui
n’auraient pas le choix que d’agir ainsi. Pour justifier les abjections, on
n’hésitera pas à diaboliser les manifestants, à expliquer qu’ils sont infiltrés,
financés par la CIA, le Mossad ou l’OTAN. Cette position est dangereuse, car
elle n’aide pas les peuples à se libérer, mais aide en particulier des régimes,
sanguinaires et anti-démocratiques qui ont vu le jour grâce à des coups d’états.
Fausse, car le monde a évolué, nous ne sommes plus dans cette lecture binaire «
Est » - « Ouest » qui a miné notre monde pendant cinquante ans. Cette grille de
lecture faussée est une aberration intellectuelle, une escroquerie qui continue
à piéger certains esprits sensibles grâce à une désinformation savamment
orchestré par certains intellectuels.
En définitive, cette position fait le jeu de nos adversaires, les cyniques, les
amis d’Israël et de l’Otan. Elle ne se base pas sur la justice, l’éthique et la
dignité humaine. Et surtout l’honnetêté. Elle se base avant tout sur les
oppositions archaïques idéologisées à outrance : « Est-Ouest », « Nord-Sud », «
Occident-Islam ». C'est une vision des clashs des civilisations mais inversés,
ils sont en fin de compte, les deux faces d'une même pièce !
Le peuple palestinien (raison invoquée par les pro-Assad pour soutenir le
despote syrien) et les anti-impérialistes véritables et sincères n’ont besoin ni
de Bachar el Assad, tueurs d’enfants, ni du psychopathe libyen.
Un des arguments avancés par ces nouveaux « chantres des libertés à géométrie
variable » est de constater que les régimes despotiques saoudiens, Bahreini ou
autres sont aujourd’hui protégés, soutenus et défendus par les européens et les
américains, dès lors pourquoi devrions-nous affaiblir notre camp ?
Ma réponse est simple, mais pas simpliste. Si les barons de l’Otan, de l’Europe
et de l’Amérique étaient des gens sincères, voués à la justice internationale
nous le saurions depuis des lustres. Par conséquent, justifier sa position
pro-Assad sur l’exemple de la péninsule Arabique ne valide pas votre jugement.
Ce n’est pas parce que l’Otan, l’Amérique et l’Europe sont injustes avec les
palestiniens, les chiites au Bahrein (même si bcp de sunnites sont en révoltes
également) etc… que les anti-impérialistes doivent faire de même pour équilibrer
la donne de l’inhumanité.
Ensuite, le criminel Libyen et Syrien n’ont jamais fait partie de notre camp. Ce
« notre camp », à savoir les anti-impérialistes doit être revisité et analysé
plus sérieusement, car on y trouve des plus sérieux aux plus farfelus, des plus
ouverts au plus dogmatique, des plus pacifiques, au plus guerrier. Ensuite, il
serait temps d’avoir une autre grille de lecture, plus éthique, car à suivre le
raisonnement de certains, nous aurions dû être du côté de Pol Pot au Cambodge
dans les années septante, car anti-impérialiste, du côté de Staline ou de Kim
Jong II, également ?
Cette grille de lecture nouvelle devrait se baser sur la justice, l’équité,
l’éthique, l’honnêteté.
Il faudra mettre de côté nos particularismes ethniques, communautaires,
politiques, sociales, culturelles. Ainsi, un chiite anti-impérialiste pourrait
critiquer sévèrement Bachar el Assad sans pour autant se sentir coupable d’avoir
trahi son « frère » chiite et son allié l’Iran, ou le hezbollah. De même, des
sunnites n’auraient pas ce malaise de condamner l’Arabie ou le Bahrein, idem
pour les anti-impérialistes culturels qui ne devraient avoir aucun complexe à
condamner la Libye de Mouamar, ou d’autres pays.
Ce n’est que de cette façon que nous pourrons faire face aux dictateurs qu’ils
soient d’Afrique ou d’Asie, c’est de cette façon que nous pourrions faire face
aux escrocs et criminels politiques qu’ils soient européens ou américains (je
pense à T. Blair et à Georges Bush pour être plus précis, mais la liste est très
longue).
Notre soucis le plus grand, doit et toujours être de militer pour la justice et
la vérité, même si cette vérité dérangera notre particularisme idéologique,
religieux ou communautaire. La justice et la dignité des peuples sont à ce prix.
C’est le minimum que nous puissions faire. |